• Chapitre 17 : Le Miroir de Grimm

    Ce n'est que lorsque l'ombre étend ses ailes qu'elle entre en scène. Au commencement, elle n'est qu'un bruissement furtif dans l'herbe grasse. Une respiration de l'obscurité. Puis c'est un éclat, vif et froid. Et le tranchant effilé d'une lame recourbée. Un geste, un seul, qui se termine sur le son imprécis d'une chute. Et le choc mat de la chair contre la terre.

    Thrace rengaine sa lame rapidement et baisse les yeux. A la pointe de ses bottes lacées, le gardien affiche une mine plutôt paisible dans la mort. Son double sourire béant semble saluer la prestation particulièrement réussie des étoiles. Le premier avec les dents, le second avec le sang. Une de ses cornes s'est ébréchée dans sa chute mais son vît droit et court est resté fièrement dressé. Ultime disgrâce du satyre…
    Sans un bruit, la jeune fille se coule vers l'entrée. Deux torches crachotantes fichées à même le sol éclairent une porte ronde et trapue. En temps normal, cette ouverture serait totalement invisible. En fait elle n'existerait même pas. Du moins pas sur ce plan. Les thuadènes, les "hauts elfes", comme ils se font appeler, préservent leurs sidhs en les déconnectant de la trame de la réalité.
    Cette porte audacieusement concrète est un signe que les Thuadènes sont actifs. Leur précieuse dimension est raccordée au monde réel. L'ondine applique sa main gantée contre les sculptures en bois vernis et prend une inspiration. Surprendre le planton dans sa veille empâtée n'était pas bien sorcier. La suite sera plus corsée.

    Elle pousse la lourde porte d'un coup d'épaule et se faufile dans l'ouverture. Le grincement abominable des gonds se propage à l'intérieur. Bon de toute façon elle n'espérait pas faire une entrée inaperçue.
    Le temps de s'habituer à la pénombre, elle remarque deux paires d'yeux incandescents dardés voracement vers sa personne. Des follets, une des nombreuses races asservies par les elfes. Inoffensifs mais vigilants. Elle sait qu'ils vont la suivre partout et attirer sur elle toutes les créatures capables de la coincer dans un angle. Sa mâchoire se crispe à cette pensée. Elle ne doit PAS se faire prendre. Echouer chez les thuadènes lui serait fatal.

    Les follets restent à distance respectable, dévorant des yeux la silhouette élancée de l'intruse. Il ne savent pas encore à qui ils ont affaire, mais Thrace ne peut pas cramer toutes ses surprises maintenant. Sans plus se soucier de leur présence pour l'instant, elle s'avance tranquillement sur le sol moussu. Une lumière tamisée semble émaner directement des parois concaves. Tantôt bleue, tantôt verte, souvent froide mais parfois torride. Quoiqu'il en soit, toujours changeante. Difficile de s'accoutumer à ce mélange de pénombres.

    Thrace est obligée de laisser ses yeux reprendre leur forme liquide pour ne pas se faire surprendre. Par un jeu de volonté, elle remodèle la substance pour lui donner l'aspect de globes. Les gouttes ruissellent à partir des pôles, s'échappent en vaguelettes dentelées pour mourir sur les bords de ses orbites où elles se font réassimiler et recycler dans le processus.
    L'ondine est habituée à ce genre de mouvement perpétuel. C'est dans la nature de l'eau de ne jamais stagner. Mais pour le coup, son regard prend un éclat bleu vif qui rivalise avec les braises ardentes de ces mateurs de follets. De l'extérieur, avec son masque de cuir, l'impression est saisissante. Comme des flammes liquides jaillissant de ses fentes oculaires. De quoi la faire passer pour une sorte de timbrée mystique ou autre illuminée. Mais ça en jette alors ça lui plaît.

    Thrace bifurque sur la droite et suit un long boyau qui semble s'enfoncer plus profondément dans les entrailles du sol. Elle sait qu'il ne faut pas s'y fier. Plus elle s'avancera dans le territoire des thuadènes et moins les repères habituels seront valables. C'est d'ailleurs pour ça que personne ne s'est encore mis en travers de son chemin. La tactique habituelle des elfes consiste à désorienter leurs victimes avant de les piéger. Elle ne se fera pas prendre. Elle connaît leurs principes.

    Silencieuse par habitude mais se sachant observée, l'ondine dévale une volée de marches pour atteindre une pièce ronde percée d'ouvertures irrégulières. Toujours aucune silhouette en vue. La jeune fille prend un temps pour s'habituer aux changements de phase qu'elle subit sans cesse. Son regard s'abreuve à ce décor intemporel.
    Même si le sidh semble être une construction artificielle, aucun critère humain ne peut s'y appliquer. Les mots même qu'on emploierait habituellement sont inadéquats. Rendus absurdes par l'impact même des lieux sur les sens.
    Courbures et moulures s'insinuent et s'entretuent. Plus qu'une simple perception visuelle, c'est un goût de la naissance et du trépas. La présence du végétal à l'état sauvage s'impose au regard, aux poumons, aux frissons qui traversent la peau et aux chevilles qui se prennent dans les racines.
    Et partout, on soupire, on murmure, on s'entrelace entre les murs. Il y a toujours un mouvement en lisière du champ de vision, une plainte assourdie par un écho impossible.

    Thrace se reprend. Sans s'en rendre compte, elle commence à se laisser absorber par les lieux. Son cœur s'emballe, sa respiration s'accélère, il faut qu'elle se modère. C'est la première défense d'un nid de thuadènes.
    D'un geste, la jeune fille tire une petite fiole de sa ceinture et soulève son masque avec la main gauche pour la porter à sa bouche. Elle fait sauter le bouchon avec les dents et la vide d'un trait. Immédiatement, son corps reprend sa vigilance et sa cohésion. De l'eau de la surface. Le meilleur remède pour elle contre toute forme d'agression.

    Subitement, les follets se mettent à danser une sarabande crépitante autour de sa taille, elle les écarte d'un revers de main et reprend sa marche à pas de loups.
    Peu importe le choix de sa direction. Une seule chose compte dans cet endroit : le nombre de pas qui la sépare de l'entrée. Quand le moment sera venu, elle arrivera au cœur du domaine. Alors autant choisir l'itinéraire le moins pénible.

    Thrace s'irrite, les follets deviennent de plus en plus insistants. Ils reluquent, virevoltent se cabrent et pirouettent allègrement. Elle se retient de leur coller une avoinée. Ce serait en pure perte. Bon, il lui suffirait d'un geste pour les éteindre…mais pourquoi faire ? Ca ne ferait qu'attirer d'autres de leurs congénères. Peut-être plus nombreux.
    Non, ce qui l'inquiète vraiment, c'est que rien ne ce soit encore manifesté. Comme on dit dans ce genre de situation : "c'est trop calme".
    C'est donc avec un certain soulagement qu'elle accueille le premier craquement menaçant.

    C'est un corridor plus large que les autres. Ici, les parois sont littéralement constituées de troncs massifs qui montent se perdre dans les hauteurs enténébrées. Comme un sentier forestier…mais avec plus de cœur et de pulsions. Avec plus de chaleur…et un soupçon d'amertume.
    L'Ondine fronce les sourcils. C'est la deuxième protection. Une créature de chair et de sang dont l'aura féroce se ressent déjà. Elle s'arrête, les pieds légèrement écartés et le dos courbé. Elle s'assure que ses cheveux sont bien retenus dans son dos par les attaches de son masque. C'est plutôt rare pour une ondine d'avoir une teinte aussi sombre. Alors même si ce n'est pas très recommandé pour le combat, Thrace préfère arborer fièrement sa crinière aile-de-corbeau. Elle se fige soudain, une main sur la nuque et le cœur au bord des lèvres.

    Au commencement, c'est le bruit d'une brindille qu'on écrase. Le déchirement de la terre sous une patte griffue. Le mouvement puissant d'une cage thoracique qui se gonfle et se vide. Une silhouette trapue et velue dont la noirceur est soulignée par l'aura bleutée qui émane de ses contours.
    Sous son masque de cuir, Thrace écarquille ses yeux aquatiques. C'est un Contreur. Une créature vicieuse et vorace dont la folie n'égale que la force brute. Elle ne s'attendait pas à trouver si gros si tôt. Finalement c'était très bien d'errer sans comité à la réception.
    Les follets deviennent dingues. Le Contreur s'avance, une patte après l'autre. Comme il en possède huit, c'est assez intimidant. Pour résumer, on pourrait dire qu'il ressemble à une bonne suée additionnée de la saveur des feuilles mortes en automne. Non. Thrace se force à raisonner en terme humains : C'est un ours noir octopode avec des pattes trop longues pour être réalistes. Une saleté de bestiole qui en plus d'être imposante est capable de frimer…

    - JE SUIS CRAQUE-CARCASSE. ICI S'ARRETE TON CHEMIN. CE SOIR, JE FERAI DES ARCS AVEC TES OSSEMENTS !

    Voilà…ce genre de chose quoi. Chaque syllabe la percute dans le plexus comme un coup de poing. Contrôlant son souffle, Thrace se passe rapidement la langue sur les lèvres. Elle pourrait se vaporiser et contourner…mais cela signifie aussi abandonner tout son équipement. Et ça, c'est un risque bien trop grand. D'autant que sous sa forme éthérée, elle risque de se faire piéger encore plus facilement par la magie des lieux. La jeune fille d'ordinaire si volage ne s'est jamais sentie si sérieuse. Une main sur la garde de sa lame, elle recule d'un pas et se prépare au combat. Emportée par le ton mystique, elle se laisse aller à une réplique pour le style :

    - C'est ce que nous verrons vile créature !

    Elle grimace. Purée qu'est ce qu'elle peut dégoiser…les thuadènes ont vraiment une influence néfaste sur leur environnement.
    L'ours noir rugit, projetant un filet de bave qui atteint Thrace en pleine face. Et comme prélude à l'homicide (ou l'ondicide dans ce cas), il se met à marteler violemment le sol en cadence, faisant claquer les galets et gémir les racines.
    Thrace dégaine sa lame et se jette sur le coté. Le terrain n'est pas à son avantage. Un vrai tunnel sans vraiment de recoins. Idéal pour ce lourdaud défonçeur.
    Nerveuse, elle se mordille la lèvre inférieure. La tension grimpe, l'autre va bientôt arrêter sa danse pour charger. Elle avance un pied, lentement, puis l'autre. Son regard bleuté passe de son adversaire à son arme … dérisoire en apparence. C'est un genre de dague en beaucoup plus long. La lame en forme de double goutte se sépare en deux au niveau de la garde. L'une des branches est beaucoup plus courte, utile en corps à corps, tandis que l'autre se recourbe vers l'intérieur. Quelques runes sont gravées sur le métal…histoire de dire que c'est un peu plus qu'un simple tranchoir. Mais pas grand-chose d'autre qu'une signature du forgeron en fait.

    Le Contreur s'arrête d'un coup. Tout ses membres rivés au sol, parcourus des tremblements qui annoncent les grands mouvements. Il claque sa mâchoire et fonce. Sa vitesse est difficile à estimer mais c'est un vrai projectile. Thrace l'imite, allongeant ses foulées tout en rasant le coté droit de la paroi. La distance se réduit à une peau de chagrin. De plus près le Contreur est véritablement monstrueux ! Une patte s'élève, l'ondine roule au sol. Un coup sourd ébranle la terre à un cheveu de sa tête. Elle passe, coupe sa trajectoire et se propulse vers la gauche.
    Un peu pris de court par la manœuvre, le Contreur met un temps pour s'adapter à la vitesse de son adversaire. Thrace pointe sa lame. Un geste vif du poignet. Le sang jaillit d'une des pattes. Poussant son avantage, elle bondit, évite une volée de peu et parvient à lacérer un autre des membres arachnéens. Son pied heurte quelque chose de dur, elle s'en sert pour se propulser en avant et claque sa lame contre son avant bras. Une griffe crisse désagréablement contre l'acier. Elle manque sa cible et retombe à terre, une main sur le sol et l'autre à hauteur des yeux. Le temps de reprendre une bouffée de cette odeur animale mêlée d'humus.
    L'ours furibond se reprend déjà. Trois buttoirs plongent brutalement à l'emplacement de sa chute. Thrace bondit. Le choc manque de lui démettre les genoux. Elle parvient à éviter le coup de peu mais se ramasse un éclat de pierre sur le coté du cou. Une estafilade légère mais brûlante qui dope son ardeur.
    Elle reprend son élan et saute pour reprendre son harcèlement. Cette fois, le Contreur est prêt. Il recule subitement et interpose la majorité de ses membres pour former une véritable muraille de griffes. La jeune fille lâche une exclamation. Trop tard pour dévier. La douleur explose en plusieurs points de son corps, la cuisse, le ventre…et peut-être aussi l'avant bras, les côtes…et … Elle retombe à terre, haletante, couverte de sueur, les dents crissantes et la main droite serrée sur son ventre. Du sang rouge s'écoule de ses plaies par les déchirures de sa tenue de cuir. Sous cette forme, elle possède les mêmes caractéristiques et vulnérabilités qu'une humaine.
    Sur une grimace, elle parvient à se rouler en boule juste à temps pour éviter un nouveau coup de marteau. Sa dague fend l'air et inflige une autre blessure au Contreur. Il ne moufte même pas. Peu importe la douleur, il ne laissera jamais voir une seule faiblesse.
    Mais l'un dans l'autre, Thrace doute qu'elle soit parvenue à lui faire mal. Cette tactique ne lui permettra pas de vaincre. Pas du tout même. Mais elle s'en fout, son objectif est tout autre.

    Thrace se ramasse, les genoux sous le menton et replonge à ras le sol. Une brûlure éclot le long de sa colonne vertébrale. Son sang tiède ruisselle entre ses reins. Elle serre les dents, des larmes lui brouillent la vue. Elle ne ralentit pas. D'après les mouvements du lourdaud, sa prochaine attaque devrait être… Elle se jette à terre et se retourne sur le dos. Trois des pattes fondent sur elle ! Son poing ganté s'écrase sur le sol sourdement pour enfoncer la poignée de son arme. Vite ! Les yeux agrandis de terreur, l'ondine relâche sa volonté de cohésion. Immédiatement sa nature reprend le dessus, l'ours s'écrase sur une flaque dans un bruit humide. Mais l'eau a un croc. Un rugissement abominable ébranle le boyau. Le Contreur recule. Thrace reprend sa forme à l'intérieur de ses vêtements. Elle se regroupe et raffermit sa volonté. Ce bref passage à l'état de vapeur a guéri ses blessures avec l'humidité ambiante. Mais cette débauche d'énergie ne lui sera pas accordée deux fois.
    Il faut une longue et patiente pratique pour arriver à changer d'état par la simple volonté. Thrace est assez expérimentée pour y parvenir en un instant, mais certainement pas assez pour clignoter à loisir.
    Sa situation n'est pas brillante. Le Contreur s'est reculé et s'acharne à ôter cette épine du pied ou de la main pour ce qu'elle en sait. Il y parvient, d'un méchant coup de mâchoire, et balance l'arme derrière lui. Inaccessible. Sans le lâcher des yeux, Thrace passe sa main sur sa ceinture et constate avec un frisson glacé que la plupart de ses fioles ont été brisées par l'impact. Elle aurait dû y penser ! Trop tard pour se lamenter, le butor se rebiffe.
    L'ondine se penche en avant et palpe le sol à l'emplacement du dernier assaut. Oui, il y a une petite flaque… Aller ! Encore un peu de volonté. Une petite boule d'eau se gonfle dans le creux de sa main, comme aspirée par gouttes à partir du sol. La tueuse se tend et recule précipitamment lorsque l'autre frappe. Il va falloir être très rapide.
    Son agilité retrouvée, d'un bond, elle se propulse sur une des pattes démesurées et galope frénétiquement le long de son bras massif. Chaque enjambée la rapproche du torse massif…et de cette gueule baveuse garnie de crocs impatients. Sans chercher à la déloger, le Contreur se contente d'un brusque mouvement d'épaule qui la fait gicler en l'air. La courbe est étudiée, le monstre ouvre une gueule béante à la réception.
    Thrace se concentre, sa main droite se crispe sur la boule d'eau. Elle modèle rapidement une stalactite effilée et ramène son bras en arrière. Le tir est fulgurant, petite pointe glacée mais mortelle, directement dirigée vers le gosier.
    Contre toute attente, l'ours parvient à réagir assez vite. Un bras puissant s'élève et dévie le projectile, ainsi que tout ce qui se trouve dans un rayon de cinq mètres, la jeune fille incluse.

    Un crachat de sang voltige à sa suite, elle se ramasse durement sur le sol et lâche un gémissement. L'ours fait volte face. Volte face ? Thrace se redresse d'un bond, le cœur battant. Mais oui ! Sa dague est là, par terre à quelques pas. Mais plus important à ses yeux, elle est de l'autre coté !
    Sans perdre une respiration, elle fait sauter son arme du bout du pied, l'attrape à l'envers et file à toutes jambes le long du couloir. Loin, le plus loin possible de cette abomination ténébreuse. Le sang lui martèle les tympans elle court encore et encore, à s'en calciner les poumons.
    Dans son dos, le timbre massif et percutant du Contreur finit par la faucher :

    - PLEUTRE ! REVIENS ICI ! NOTRE COMBAT N'EST PAS TERMINE.

    Trop hagarde pour se laisser prendre au jeu, Thrace rétorque sur un ton narquois entrecoupé de halètements :

    - Va theu – theu- faire –theu- !

    Le sol tremble encore mais moins violemment. Les craquements de bois dans son dos témoignent de la frustration sauvage de son ancien adversaire.
    La tueuse s'éloigne. Sa course l'entraîne plus loin dans l'antre des thuadènes. Aux limites de l'exténuation et de la dissolution. Nauséeuse, elle se jette sur le premier escalier avec reconnaissance et monte les quelques marches. Juchée au sommet, elle prend un temps d'arrêt pour calmer les trépidations frénétiques de son cœur. Plus aucun son. Le silence massif.
    Elle est passée. La jeune fille manque de perdre contact. Ses yeux embués de larmes fouillent sans cesse les profondeurs du tunnel. Terrifiée à l'idée de voir à nouveau surgir ce monstre car elle ne pourra pas se relever. C'est avec une main tremblante qu'elle débouche sa dernière flasque et la vide dans sa gorge brûlante. Pour une fille de l'eau transpirer n'est pas seulement fatiguant, c'est aussi dangereux. Qu'elle se déshydrate et c'est la mort assurée.

    Thrace commence à récupérer. Elle fait le compte de ses dommages. Sa tenue est lacérée en plusieurs endroits mais rien de trop gênant. C'est à ce moment qu'elle remarque que son masque a disparu. Probablement perdu quand elle s'est liquéfiée. Tant pis, elle ne peut pas perdre d'énergie à le recomposer. La tueuse se passe une main dans ses longs cheveux noirs et ferme les yeux.
    C'est dur. Très dur. Pourquoi a-t-elle accepté ce travail ? Mélanargie la tient oui…mais il y a forcément une autre solution. Quoiqu'il en soit, elle se promet de faire payer cette petite pute une bonne dizaine de fois à son retour. Il faut savoir rester optimiste, et le fait que le Contreur soit sur le chemin du retour ne doit pas entraver les projets de vengeance.

    L'ondine se relève souplement et rengaine sa lame-goutte. Plus de fioles d'eau, la prudence est de mise. Elle reprend son chemin dans le sidh qui semble interminable. La deuxième protection était massive, violente et probablement infaillible dans la majorité des cas. Y'a-t-il une troisième barrière ? En théorie oui. Mais vu les chances de succès d'un intrus jusque là…c'est peut-être une mesure de pure forme. Peut-être.

    Ses pas la portent dans un décor de plus en plus vaste et brumeux. Comme si elle n'était plus sous terre mais dans une véritable forêt de pins. D'étranges murmures filent entre les résineux. Des sensations étranges la traversent. Cet endroit est napé par des esprits intangibles. Des humeurs amères baignent l'atmosphère : de la revanche, du ressentiment et du dégoût. Thrace accélère le pas. Ses semelles souples rendent bientôt le son dur de la pierre. La température chute, la luminosité diminue. Une sensation glaciale lui étreint le cœur. La peur. La peur de la mort. Sa résolution s'effrite à mesure qu'elle s'avance dans cette gueule de géhenne. Même les follets ne l'ont pas suivi jusque là. Voilà donc la dernière protection…

    Convaincue de pouvoir passer. Thrace mobilise toute sa volonté pour ne pas ralentir. Mais malgré elle, ses foulées se raccourcissent. Elle ressent le murmure invitant qui l'enjoint à laisser tomber. De se reposer. Il suffirait de s'allonger. Une cohorte de "à quoi bon" et autres suggestions défaitistes assaillent son esprit. La jeune fille réalise qu'elle est totalement immobile. Bon sang !
    Les visions macabres se succèdent. Crânes rieurs, pendus oscillant dans le vent…et une terrible sensation de fardeau. Du pain pour les mortels ! Thrace ne boit pas à cette coupe. Sa longévité est assurée par le renouvellement perpétuel de l'eau. Et même si sa conscience se dissout un jour, une autre prendra le relais. Les Ondines sont éternelles. Les Ondines sont éternelles. Les Ondines sont E-Ter-Nelles ! Elle ressasse ce mantra encore et encore. Elle parvient à décoller le pied et à l'avancer. Et à recommencer. Oui encore. Elle se force à traverser ce mur de pierre qu'est devenu l'air.

    Et soudain, la mascarade se brise. Le brouillard se dissipe. Un embrasement palpitant réchauffe les veines de la jeune tueuse. Et sa progression devient soudainement si facile qu'elle manque de trébucher. Le retour de la vie et de l'espoir lui arrache des larmes de soulagements.
    Le sidh est vaincu ! Toute souriante, Thrace accélère le pas. Un autre escalier…et le soleil. Cet astre brillant, baignant une verte prairie d'une chaleur apaisante. Du ciel bleu, les sons bienveillants d'une nature prospère et tout ce qu'on pourrait désirer en terme de cadre paradisiaque.
    L'Ondine quitte le tombeau et s'étire longuement sous les rayons revigorants. Elle a franchi la dernière épreuve sans trop de difficulté. Maintenant, les thuadènes ne peuvent plus l'arrêter.

    Le cœur du sidh dégage une impression merveilleuse. L'entrée n'est pas chaleureuse mais le reste ! Son visage balayé par des mèches éparses, Thrace se laisse porter par les douces caresses du vent. Elle ressent la texture de la terre riche et fertile sous ses bottes. Son cœur reprend de l'ardeur à battre. Elle se sent fraîche et parfaitement reposée.

    Sur le coté, un petit ruisseau rieur cascade entre des pierres rondes. La jeune fille s'agenouille pour recueillir un peu d'eau. Elle sait qu'elle ne doit pas boire. Consommer quelque chose ici la condamnerait à devoir y demeurer toute sa vie. Elle s'asperge le visage et savoure la simple sensation que ça lui procure. Puis sur une impulsion, elle délace ses bottes et trempe ses pieds dans l'eau. Ca fait du bien…
    Alors qu'elle est occupée à barboter, un mouvement dans son dos la fait se retourner vivement. Sa main se porte déjà sur la poignée de son épée.

    - Hé là, du calme ! Je viens en paix.

    C'est un jeune homme. Un sourire franc et un regard pétillant de malice. Ses cheveux ébouriffés sont entremêlés de brindilles et d'épis de blé. Thrace ne relâche pas sa méfiance.

    - Qui es-tu ?
    - Je dois te féliciter étrangère, tu es parvenue à entrer. Maintenant nous sommes liés par le rituel. Tu peux rester ici aussi longtemps que tu voudra et t'y déplacer sans danger.
    - Ca ne répond pas vraiment à ma question…même si c'est agréable à entendre.
    - Je suis Grimm. Un servant du bosquet. Je suis venue de la part du gardien pour te souhaiter la bienvenue.
    - Drôle de manière d'accueillir les visiteurs.
    - Ah mais, tous les visiteurs ne commencent pas par égorger un satyre pour entrer.

    Thrace se sent un peu déboussolée, elle se relève et fixe un regard pénétrant sur le jeune homme. Ce dernier lui ressert un sourire engageant et avance sa main, paume vers le haut.

    - Si tu veux venir avec moi, je vais te montrer le chemin pour aller jusqu'au bosquet.

    Les doigts de l'ondine tripotent toujours le manche de sa lame. Elle ne se sent pas en confiance. L'autre remarque son trouble et ébouriffe encore d'avantage sa tignasse rousse. Sa voix est claire et douce, agréable à écouter.

    - Uh uh, réfléchis. Si nous voulions te tuer, ce serait déjà fait. N'aie pas peur !
    - je n'aie PAS peur. C'est juste que…
    Grimm se rapproche de quelques pas et plonge son regard brillant dans celui de Thrace. Sa voix se fait plus tendre, plus invitante.
    - Une fille aussi belle que toi ne devrait jamais avoir à combattre pour entrer (il lui jette un regard où plusieurs sentiments se confrontent avant de reprendre). Mais c'était ton choix. Nous savons ce que tu es venue chercher ici…ou plutôt prendre. Mais le Gardien est sage et il te veut proposer un marché. Il y a forcément une autre manière de résoudre cette affaire. (Il s'arrête un instant puis reprend à voix basse) Un moyen profitable à tout le monde…

    L'ondine réfléchit au sens de ces paroles. Il a probablement raison…oui, il y a un autre moyen. Elle se rend compte qu'elle y pense également. Après tout, c'est Mélanargie qui l'a envoyé ici. Elle n'a pas de raison de lui faire plaisir. Oui, si le Gardien veut passer un accord elle peut lui demander d'utiliser sa magie pour la libérer de ce lien insupportable. Aaah, être libre. Ce serait si doux. D'un coté, elle peut suivre ce jeune homme avenant et de l'autre risquer de faire confiance à cette enfoirée qui ne lui rendra peut-être même pas sa liberté.
    Thrace hésite encore un instant avant de se décider.

    - D'accord, j'accepte de rencontrer ton maître.
    Grimm a l'air ravi. Ses yeux bruns lancent des étincelles.
    - Formidable. Donne moi ta main que je te guide sans attendre !
    Thrace rechigne encore et opte pour la prudence.
    - Passe devant, je te suis.
    - Il y a beaucoup de sortilèges ici. Je ne voudrais pas que tu t'égares. C'est juste mon rôle et ma fonction. Je guide les invités vers le Gardien. Je t'en prie ne me fait pas comparaître devant mon maître sans t'avoir été utile. Je risque d'être puni.
    - Heu…bon.

    Elle a du mal à penser correctement, comme envoûtée par le ton rassurant de son vis-à-vis. Il semble si à l'aise, si ouvert… et après tout, il n'est pas armé. Elle avance sa main gantée timidement et laisse le jeune homme la saisir. Une onde de chaleur l'enveloppe instantanément, lui laissant la gorge sèche et l'esprit brumeux.

    - Les contre sortilèges qui m'entourent, explique t-il avec un clin d'œil.

    Et puis subitement, tapant du pied, il s'élance d'un pas gaillard le long du sentier. Thrace également pieds nus, peine à suivre ce rythme bondissant et joueur. Grimm l'entraîne de la prairie à travers champs. Puis dans un petit bosquet ombragé. Tout est si étrange…si attirant. Même la silhouette sautillante qui lui tient la main est perturbante. Et puis ce soleil engourdissant…

    - Hey, on ne peut pas aller moins vite ?
    - Oh milles excuses ! J'ai l'habitude de filer !
    Grimm s'arrête sans lui lâcher la main et se tourne vers elle.
    - Quel est ton nom au fait ?
    - Thrace fera l'affaire.
    - Un nom qui va bien avec ce joli visage...même si ce n'est pas ton vrai nom. Mais tu as raison d'être prudente.
    - N'est-ce pas…on ne sait jamais quand un gros plantigrade risque de vous croquer.
    - Ahah ! Voilà donc la raison de tout cet attirail !

    Du doigt, il désigne la dague effilée qui pend sur le coté. Thrace acquiesce sans trop chercher à comprendre. Elle a chaud. Une sueur moite enrobe son corps, la laissant vaporeuse sur les bords. Une sensation picotante est en train de s'enrouler autour de ses membres. Elle se sent subitement un peu pataude, entravée.

    - Tu es trop chargée. Tu n'a pas vraiment besoin de ça ici tu sais. Laisse le là, tu viendras le reprendre en partant.
    - Et bien je ne sais pas…

    Tout s'embrouille. Le murmure du vent dans les feuilles, les odeurs enivrantes qui montent des fleurs. Et ce regard si charmant qui s'étonne de la voir s'infliger des encombrements inutiles.

    - Voui tu as peut-être raison.

    La jeune fille porte sa main droite à sa ceinture et tente de la déboucler sans succès. Elle s'aperçoit qu'elle tremble…inexplicablement.

    - Attends, je vais t'aider.

    Les doigts agiles du jeune Grimm attrapent la boucle métallique. En quelques mouvements, il dégage le cran et relâche la bande de cuir. Le baudrier tombe à terre. Thrace l'enjambe pour se dégager, ce qui la rapproche encore de son guide. Les odeurs deviennent plus fortes, plus musquées. Il se passe quelque chose en elle qui dévie sa volonté et fait naître des bouillonnements.

    - Non, tu n'as pas vraiment besoin de tout ça…

    Un murmure plus qu'un son. Avec un large sourire, il l'entraîne dans une danse tournoyante. Son rire jovial semble revenir de toutes les directions à la fois. Thrace se prend à rire également et se laisse entraîner par la vigueur du jeune homme. Elle se sent rayonnante. Grimm est une image de la jeunesse insouciante et innocente. Quelque chose qu'elle regrette et aspire à retrouver.
    A force de tirer dessus pendant ses cabrioles, il finit par lui ôter ses gants. Le contact de sa peau est encore plus doux et tendre qu'il n'y paraît. Un grand frisson engourdit Thrace. Il s'arrête, souriant et tendre. Elle le regarde, un peu perdue et vaguement langoureuse.
    Sans rien dire, il pose ses mains autour des hanches de la jeune fille et l'attire vers lui. Ses lèvres se rapprochent et effleurent à peine les siennes. Le contact est délicieusement brûlant ! Thrace le laisse faire. Tout sautillant, il se met à lui tourner autour, ses mains glissent sur son corps. Les boucles tintent, les attaches se relâchent.
    Sans qu'elle s'en rende compte, il lui ôte petit à petit toutes ses protections de cuir. Les avant bras, les épaules, le pectoral… laissant le tissu de sa tunique libre de se gonfler dans le vent. Quelques bourrasques s'engouffrent dans les déchirures du tissu pour caresser sa peau nue. La sensation est délicieuse. Thrace ferme les yeux.
    Elle sent les doigts fin de Grimm remonter dans son dos. Il se met à pétrir, à malaxer lentement. Dénouant ses nerfs et relâchant ses muscles. Il lui parle mais elle ne comprend pas. Elle ne comprend plus. Ses caresses passent du dos aux épaules, puis au buste. Thrace réprime un cri lorsqu'il effleure sa poitrine. C'est comme si un éclair venait de la traverser. Elle se cambre en arrière et se laisse étreindre par la taille. Une main galopante lui caresse la bouche, puis la gorge et finit par jouer avec les cordons de sa tunique.
    Elle sent le contact de l'air frais sur ses épaules nues à mesure qu'il tire sur la cordelette et dénoue les attaches, élargissant l'échancrure. Sa chemise tombe finalement des deux cotés, uniquement retenue par la courbure étrangement dure de ses seins. Elle se mord la lèvre. Des serpents de chaleur l'engourdissent.
    Grimm entortille le cordon autour de son index et tire lentement vers le bas. Le tissu sombre descend encore sur sa poitrine. Le simple frottement de l'étoffe rêche sur ses tétons lui arrache des gémissements. Il achève son mouvement d'un coup sec. Les seins de Thrace jaillissent au soleil. Douces mamelonnures couronnées de ce bouton rose si sensible. Les paumes chaudes du jeune Grimm se referment, comme si elles avaient été conçues pour les recueillir. Il les presse tendrement, les caresse et les agace. Thrace se sent défaillir. Sa chemise roulée autour de la taille, elle se sent enivrée par le contact brûlant de ces doigts si agiles.

    Il appose sa main contre son ventre et entame une série de mouvements circulaire qui se propagent comme autant d'ondes de chaleur dans son corps. Se penchant en avant, il dépose une série de baiser sur ses épaules, son cou, la naissance de sa poitrine. Le contact de ses lèvres se complète bientôt de la tendresse humide de sa langue. Il lape la peau, s'en abreuve avec concupiscence, entrecoupant sa besogne de profonds soupirs lourds de désir. Il donne un petit coup de langue sur chacun de ses tétons. Ils sont si durs ! Il les lèche plus longuement, les embrasse et continue à masser le corps si souple de l'ondine.

    Eperdue de désir, Thrace accompagne ses mouvements, sa forme de jeune fille vivante et impulsive prend le dessus sur tout le reste. C'est une lampée des plaisirs charnels.
    La main moite qui lui réchauffe le ventre descend et joue avec les bords de son pantalon. Grimm y glisse un index et le laisse parcourir la circonférence de sa fine taille. Il s'arrête devant le lacet et joue un instant avec. Il plaque sa paume sur l'entrejambe de la jeune fille et presse doucement. L'Ondine gémit et se cambre violemment. Grimm retire sa main et remonte s'abreuver de ses seins. Elle se tortille d'impatience. Elle veut encore cette décharge ! Sa main attrape le poignet de Grimm et le guide à nouveau vers le bas. Il fait mine de ne pas comprendre, joue avec son nombril un instant. Et d'un coup, il attrape le lacet de son pantalon et le défait. Une délicieuse sensation de libération fourmille dans ses jambes alors que le pantalon relâche son étreinte. En dessous, elle porte une bande de tissu, genre de sous-vêtement en lin qui se révèle à mesure qu'elle sautille pour se débarrasser du bas et offrir ses cuisses à ces jeux indécents.
    Thrace attrape le visage de Grimm entre ses mains et l'embrasse farouchement. Sa langue joue avec la sienne, elle ferme les yeux et savoure le jeu des mains sur l'océan de feu qu'est devenu son corps.
    Le contact de l'herbe douce lui fait tourner la tête. Quand l'a-t-il couchée ? Sa main presse son sein droit et l'autre entame un lent mouvement de va et vient sur son sexe déjà humide. Elle n'en peut plus. Il le sent. D'un habile mouvement, il lui retire le dernier vêtement qu'elle porte et avance sa tête entre ses cuisses. Sa langue s'insère délicatement entre les lèvres. Il lape, il relape, il vrille. Peu importe ce qu'il fait, c'est mieux que tout. Thrace est entièrement livrée aux élancements foudroyants, elle s'emplit les poumons à chaque inspiration de cette odeur si puissante qui émane de jeune homme.
    Tandis qu'il lui s'affaire, elle empoigne sa tignasse indomptée et griffe les boucles rebelles entre ses doigts. Un filet de salive s'échappe de ses lèvres et une mèche de ses cheveux humide vient se coller à sa joue.
    Un moment si long et si court plus tard, il se redresse avec un regard de braise. Ses yeux semblent en faire autant que ses mains. La jeune fille contemple ce corps jeune et élancé et cet hommage à sa beauté, incarné au point culminant de son anatomie. Quand s'est-il déshabillé ?
    Il s'avance doucement à l'attrape par le bassin. Thrace sent déjà la chaleur turgescente de son pénis se frotter contre son entrejambe. Il respire lentement, par grands souffles sourds. Et soudainement, il la pénètre. La sensation est au delà de ce qu'elle aurait pensé. Comme s'engourdir entièrement et se réveiller aussitôt. La jeune fille halète, elle gémit et lâche des petits cris. La saisissant par les fesses, il la chevauche de plus en plus vite. Ses mains pétrissent son corps. Il la hisse et se redresse pour mieux la pénétrer. Ses mouvements s'accélèrent. Thrace s'accroche à lui, les deux bras passés autour de son cou. Elle exulte, elle se dissout. Ses doigts recourbés lui griffent le dos. L'étreinte devient plus sauvage. Il la plaque contre un bouleau et donne des coups de butoir plus violent. Son sourire s'élargit encore. Elle crie. Il rit. Son sexe l'empale littéralement comme un rocher qui ferait naître des rouleaux de plaisir pur dans son océan. Thrace transpire, elle est en nage, ses mèches noires retombent sur ses épaules luisantes de sueur. Son regard sombre est totalement dévoré par la passion. Elle a l'impression de se dissoudre depuis le bout de ses ongles jusqu'à la racine de ses cheveux. Sa respiration affolée s'entrelace avec les roulements de son cœur.

    Grimm lui lèche à nouveau les seins et mordille ses tétons. Il accélère encore. La jouissance se teinte d'écarlate. Un goût métallique parvient sur la langue de la jeune fille lorsqu'elle se mord la lèvre trop brutalement. Et soudain, elle remarque…le sang qui s'écoule le long de son ventre, et cette sensation tiède sur ses jambes… La douleur … la douleur. Et ce rire ! Grimm relève la tête et lui offre un gloussement abominable. Ses lèvres sont barbouillées, souillées. Ses yeux si doux sont devenus deux puits cruels d'une sauvagerie indomptable. Il renforce ses assauts malmenant la jeune fille qui se met à crier plus fort. Mais ces sons qui quittent ses lèvres sont autant de gémissement d'extase. Elle ne peut plus s'arrêter et pourtant son esprit s'alarme. Le danger l'étreint et elle n'y peut rien. Abandonnée au bras de cette bête. Son amant son tueur. Elle ressent les déchirements qui s'opèrent en elle. Les dents qui se plantent dans sa poitrine. Son corps réagit contre sa volonté, il ne lui appartient plus. Que faire ?!

    Thrace serre les dents pour s'empêcher de gémir. Des larmes éclosent dans ses yeux. Elle ne veut pas mourir ! Pas maintenant ! Pas comme ça ! Un choc plus brutal vide l'air de ses poumons. Elle se sent partir. Partir…

    Mais oui ! C'est ça la solution. Elle ferme les yeux et relâche sa volonté. Et soudainement, le prédateur s'affale dans un nuage de vapeur. Il tombe au sol et roule des yeux assoiffés aux alentours. Où est sa proie ? Où est-elle ?! Il la tenait !! Du moment qu'elle lui avait donné sa main, elle était perdue. Comment ? Pourquoi ?
    La voix cristalline de la jeune fille retentit alors dans l'air. Des grêlons s'y seraient sentis à l'aise. Plus aucune trace de désir ou de passion dans ce timbre froid et implacable. On y sent en revanche, la douleur et la haine.

    - Sale queutard à dents !! Je vais te calmer une bonne fois pour toute !
    - Où es-tu ?! rugit-il, ne se préoccupant plus d'avoir l'air séduisant. Sa nature bestiale se révèle au grand jour. La réponse se fait sentir sous la forme d'un coup de vapeur brûlante sur le ventre. Il tombe en arrière, les cheveux dans les yeux.
    - Tu aimes quand ça chauffe hein !!
    Elle remet ça et se délecte de ses convulsions. Les marbrures rouges qu'elle lui laisse ne sont pas bien méchantes mais elle n'a pas assez de force pour faire mieux. Plus assez. Elle était au bord du gouffre et même sa constitution vaporeuse en a souffert. Elle a trop transpiré. Elle réattaque plusieurs fois, profitant de sa fureur et de la température de son corps (chaleur provoquée par son tortionnaire…c'est ce qu'on appelle un retour de bâton). L'incube gémit et se recroqueville, incapable d'esquiver les flammes qui le lèchent.
    L'ondine perd peu à peu de sa morgue, la faiblesse prend le pas sur la colère. Elle doit se modérer. C'est d'un ton âpre qu'elle le relance.

    - Tu t'en tires à bon compte. Mais je ne t'oublierai pas GRIMM ! Qu'en est-il des trois barrières du sidh !? je croyais que les thuadènes étaient liés à ce genre de chose.

    Sa remarque arrache un rire horrible au jeune homme. Il se dresse à nouveau, fier de sa virile nudité. Son excitation n'est pas retombée…probablement parce qu'elle n'est pas naturelle.

    - Je SUIS la troisième épreuve. Tu croyais qu'une simple série de visions allait suffire ? Non c'était la mise en bouche ma belle. Pour mieux te faire ressentir le contraste de mon domaine. Et tu t'es laissée prendre ! Comme tous avant toi. Hommes ou femmes que m'importe, je peux prendre n'importe quelle forme.

    Il plastronne à nouveau. Thrace n'a pas l'énergie pour effacer ce sourire mauvais de sa petite gueule. Elle lui ferait volontiers avaler sa morgue et sa verge en prime mais dans son état…c'est impossible. De même qu'il ne faut pas compter reprendre sa forme humaine avant un moment.

    - On se reverra l'avorton. Et cette fois je n'enlèverai pas ma ceinture.
    - Ah ah ! Si tu me touches de ta volonté tu succombes à mon charme. Je t'attendrai et pensant à toi THRACE.

    Il se passe une langue provocatrice sur les lèvres, lapant les quelques gouttes de sang qui restent de sa victime et s'enfuit entre les arbres.
    Réduite à l'état de petit nuage insubstantiel, Thrace plane lentement au ras du sol. Son esprit retrouve son acuité. Elle se rend compte à présent de son imprudence. Il ne faut jamais faire confiance à une seule créature du sidh. Jamais. Elle s'est laissée dompter par ses sensations. Baignant dans l'illusion crée par ce rouquin fou.
    Les même caractéristiques et les même vulnérabilités qu'une humaine…

    Légèrement honteuse, l'ondine utilise son pouvoir pour rendre à ses vêtements leur aspect liquide naturel et les réassimile.
    Seule son arme est une création artisanale, le reste, elle peut le modeler à sa volonté. Un peu de matière pour se reconstituer, mais ce n'est pas suffisant.
    Thrace prend un temps pour réfléchir. Il ne faut pas rester là. Surtout dans son état. Elle doit trouver un abri, le temps pour elle de se reconstituer. Avec regret, elle abandonne sa lame-goutte et disparaît dans les hauteurs.
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  • Commentaires

    1
    Sakutei Profil de Sakutei
    Jeudi 12 Novembre 2009 à 10:53
    Long chapitre ! Voilà l'origine de mon retard
    J'espère que ça vous plaira...je me suis amusé à reconsituer une trame mythique. Et puis l'ambiance celte.
    Pour le personnage de Grimm, je me suis inspiré de Faeries, de R.E. Feist. Un bouquin que tout le monde devrait lire :D.

    A bientôt pour la suite ^^.
    2
    O-Ren-Kimi Profil de O-Ren-Kimi
    Samedi 14 Novembre 2009 à 01:18
    Fichtre quel chapitre!!!

    Au début pendant que je lisais son avancée dans le boyau et le monde que tu avais imaginé je me demandais comment tu visualisais ça en l'écrivant parce que pour moi ça m'a renvoyé plein d'images et ce sidh hors de tout repère habituel, a pris l'image d'un tableau avec ses traits et ses couleurs qui s'assemblent et se modèlent au fur et a mesure mais qui n'offrent rien de stable et qui d'un coup de pinceau peuvent ouvrir un autre monde. Enfin j'ai adoré jusqu'a "l'ours" ^^ (L'ours aussi mais lui j'avais pas trop envie de le visualiser, je suis juste phobique des araignées aors une sorte de melange ours araignée beuuuuuuuuuuuurk!!! Mais le combat etait sensass) Et puis le fait d'imaginer l'ondine au milieu enfin c'était génial.

    Je suis inculte parce que j'ai pas reconnu la trame mythique...shame on me :) Je le trouvais louche ce Grimm looool a chaque fois ou il lui posait la main dessus je m'attendais a un truc bizarre pi au bout de quelques lignes je me suis dis ben non je me suis gourée Sak nous fait un Eden revu et corrigé et paf naaaan loool. Elle est trop forte cette Ondine^^

    Allez parce que aprés un chapitre pareil et dans l'état où tu as laissé ma pauvre Ondine je ne peux que crier La suiiiiiiiiiiiite Saaaak sitepléééééééé (mais promis je serai patiente parce que ça valait vraiment le coup d'attendre^^)
    3
    Sakutei Profil de Sakutei
    Dimanche 15 Novembre 2009 à 02:12
    Hé hé merci Akemi ^^. Ca me fait plaisir que tu te sois plongée dans le sidh...j'ai voulu le dépeindre comme un endroit qui inspirerait des sensations plutôt que des comparaisons. Pour laisser l'imagination du lecteur se faire sa propre idée :).

    Pour ce qui est de la trame mythique, disons que j'ai repris quelques classiques des quêtes qu'on trouve dans les légendes :
    La porte qui n'est pas visible toute l'année, le danger que réprésente l'acte de manger ou boire quelque chose dans le monde des elfes et le symbole des 3 épreuves.

    Dans mon cas j'ai imaginé 3 manières différentes d'éprouver Thrace. La dernière étant la plus sournoise...et la plus mortelle dans son cas ! Mais ce qui apparaîtra dans les prochains chapitres m'amuse déjà terriblement :D.

    Je tâcherai de la poster lundi :).
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