• Chapitre 42 : Manigances en contre-pied.

    - Wah franchement, je ne m'attendais pas à ça. Purée !
    - Pousse toi gamin, je suis fatigué d'avoir ton postérieur pour horizon.
    - Et ça continue…

    Après la foutue ascension qu'on s'est appuyé en colimaçon avec notre allure mollassonne et un Javel polisson sur les talons, je dois quand même admettre que le jeu en vaut la chandelle. C'est grand… c'est lumineux… c'est… heu… ineffable et ça nous fait lamentablement prendre conscience de notre chétivité humaine.

    - Oh ! Un siège !

    Le vieux rêveur me double pour aller d'emblée s'affaler dans un coin comme une vieille peau. Je ricane, Maille sourit et Javel nous ignore tel le chat venant de se dénicher une place au coin du feu.
    Bon, j'admets que c'est douillet mais ce n'est pas l'aménagement qui m'aura fait pousser mon premier point d'exclamation moi. Non, ce qui me fait ainsi décrocher la mâchoire comme un adolescent devant la femme de ses soupirs, c'est le fond de la pièce. Ou plutôt l'absence de fond ! La grotte est ouverte sur toute une paroi, rien que ça, nous offrant à cette altitude une vue imprenable sur la plaine en contrebas. C'est si stupéfiant que les bras m'en tombent.


    - Sakutei !

    Le duc me jette un regard irrité en rattrapant de justesse le corps toujours inanimé de Kageisha que je viens de laisser échapper. Je lui retourne un léger rictus d'excuse avant de reporter toute mon attention à gober les mouches sur le formidable panorama. Le rêve de tout cartographe qui se respecte : disposer d'un point de vue magistral sur une contrée ET de coussins moelleux pour y séjourner avec suffisamment de barils de bière pour noircir quelques rouleaux de parchemin.

    - Y'a rien à jeter, c'est magnifique, lâché-je dans une soudaine bourrasque de vent qui fait gonfler les rideaux disposés aux encoignures. Bon le seul problème, c'est le vent. Ça souffle à décorner les bœufs par à-coups terriblement déstabilisants. Il faut pratiquement avoir le pied marin.
    Un pas après l'autre, je m'approche prudemment du bord. L'aspiration du vide se fait de plus en plus intense ! Le souffle s'écrase contre la falaise et la ramone comme un taureau furieux. Il s'engouffre dans mes vêtements et fait cliqueter les anneaux de mon baudrier. Je frissonne, il suffirait d'un mauvais pas... Morgane passe alors à coté de moi et me dépasse tranquillement.

    - Gruh ?!

    C'est à ce moment là que je réalise que je me tiens à plus de trois mètres du précipice. La thuadène, elle, n'a pas l'air effrayée le moins du monde d'être perchée de la pointe des bottes juste à la limite de la chute sans fin. Aucun garde-fou ni même parapet pour offrir un semblant de protection. La pièce s'ouvre dans le paysage comme s'il s'agissait d'une peinture. Peut-être qu'il n'y a pas de fous chez les elfes… ou bien peut-être qu'ils le sont tous.
    Mais moi je suis humain par la déesse ! Et ça me fiche une sacrée trouille de la voir ainsi croiser les bras au milieu des bourrasques, cheveux flottants et regard rêveur. Elle pourrait au moins faire mine de se retenir par le coté de la roche !

    Cabochard comme je suis, évidement je relève le défi impertinent suggéré par cette attitude désinvolte. Certains pourraient conclure que je n'aime pas être dépassé par une femme mais ce n'est pas le cas. En fait, j'en connais qui sont bien plus talentueuses que moi… pour tuer notamment. Non, ma toquade, c'est la curiosité et la fronde, deux maîtresses qui n'admettent pas de rivalités.
    Je me fais violence pour la rejoindre et me voilà, quelques suantes minutes plus tard, à quatre pattes près du bord sans trouver l'audace de risquer ma tête au-dessus du maelström. Malade de vertige au point d'en avoir des crampes d'estomacs mais des étoiles plein la tête et un sourire béat pour relever mes joues mal rasées. C'est majestueusement terrible. Etourdissant de vertige et ça flanque une chair de poule sur laquelle on pourrait râper du fromage.

    - Pas mal hein ?
    Je déglutis ce qu'il me reste de salive pâteuse avant de répondre.
    - Grui.

    Morgane m'offre un nouvel exemplaire de son rire de cristal, pivote sur les talons et se retourne vers les autres. Pour ma part, incapable de m'arracher à ma contemplation, je lui prête une oreille distraite.


    - Ce sont les quartiers des soldats, enfin une partie. Vous verrez qu'il y a pas mal de couloirs et de chambres mais ici, c'est de loin la plus belle pièce alors autant profiter de la mobilisation pour s'y installer…

    Le Sidh est beaucoup plus vaste que je ne l'aurais pensé ! A vrai dire, je croyais dur comme fer que le territoire des elfes se limitait à un réseau de galeries noyées d'une pénombre maladive. Jamais je n'aurais imaginé déboucher ici. Et d'ailleurs quel ici ? Encore une contrée qui n'existe sur aucune carte.
    Je vois l'immense étendue de forêt dont nous n'avons parcouru que l'orée avec Maille. Je repère le long ruban scintillant de la rivière qui la traverse et de l'autre coté, la grande plaine mouchetée de petites notes brunes, probablement des gens. Vus d'ici, les vallons ressemblent à d'insignifiantes dénivellations qu'on pourrait franchir d'un bond. Je me demande ce qu'il peut se passer en contrebas… toutes ces scènes que je pourrais peut-être apercevoir de mon nid d'aigle mais pas comprendre.


    ***

    Luk se retire du tertre avec suffisamment d'amertume pour abreuver un régiment. Derrière lui, les pierres levées se dressent en robustes et insensibles témoins de ses turpitudes. Trifine est morte. Voilà une horreur qu'elles pourraient essaimer aux quatre vents. Maintenant tout va changer, même si c'est silencieux, le regard des thuadènes sur leur capitaine sera plus lourd. Oh bien sûr, ce n'est pas son épée qui s'est enfoncée brutalement dans le sein de la charpentière mais personne ne peut ignorer l'enchaînement catastrophique des évènements dont il est la cause. C'est par sa morgue et sa vindicte qu'une telle absurdité a pu se produire.

    Semeur de chaos a dit le Gardien… Ces mots lui semblent étrangement appropriés. Ni condamnation, ni louange, juste l'expression simple et directe d'une vérité qu'il cherche et qui lui tourne autour depuis trop longtemps.
    Mais le Gardien ne s'est pas limité à ce qualificatif. Il a parlé un long moment et a enjoint le conseil à ne pas s'opposer à la volonté de celui qu'il a désigné pour mener les thuadènes au combat. Bien sûr, Luk est très doué pour générer la mort autour de lui. Reste à la planter au milieu d'un bataillon d'ennemis. Mais pourquoi le Gardien n'a-t-il rien dit ? Pourquoi l'a-t-il soutenu dans son insanité ?
    Un tel être pétri de sagesse et de force n'a pas besoin de ménager son peuple et pourtant, depuis le début il laisse Luk se fier à son instinct. Il le laisse accumuler les erreurs par ses réactions violentes et imprévisibles.

    Semeur de chaos…


    Le Marcheur et ses lieutenants arrivent en vue des lignes. Finis les feux de camps et les tentes plantées à la va-comme-je-te-pousse. Depuis les premières notes graves du cor, les soldats s'activent pour faire de la plaine non plus un lieu de réjouissance mais le terrain du massacre. C'est ici que la vie sera troquée contre la mort dans les chocs et les craquements.
    Luk prend connaissance d'un certain nombre de rapports, hoche abondamment du casque, retourne parfois quelques instructions mais globalement, se contente d'observer. Il reste immobile, les bras croisés et le regard à demi noyé dans un océan aux vagues noires. Doit-il surnager ? Il s'efforce de prendre la mesure de sa propre folie et des desseins du Gardien. A-t-il un plan ? Oui probablement, ça fait trop longtemps qu'il est au fait de l'arrivée des humains pour se laisser prendre au dépourvu. Alors dans ce cas, agir selon son instinct ferait-il partie de ce plan ? Ce serait quand même plus simple s'il le lui exposait directement. Mais peut-être que le désarroi dans lequel baigne le Marcheur fait également partie des desseins du Gardien.


    - C'était plutôt risqué non ?

    La question est prudente, délicatement modulée du bout des lèvres pour ne pas irriter son destinataire. Les regards changent et les attitudes aussi. Bjorn n'est pourtant pas des plus impressionnables.

    - Je crois qu'il va falloir compter avec la part du démon en permanence à présent.
    - Comment ça ?
    - Le risque, Bjorn, on ne peut plus prendre le luxe de se tenir à l'écart. Le mal est déjà là, le druide m'a parlé d'un serpent…
    - MARCHEUR DES CIEUX ! Qu'est ce c'était que ce foutoir tout à l'heure ?!

    Ah, voilà quelqu'un qui ne prend pas de pincettes. Luk se retourne pour se retrouver nez à nez avec une jeune fille furibonde. Cheveux ébouriffés, poings sur les hanches et posture défiante, elle n'a pas l'air de vouloir se laisser intimider malgré leur différence de corpulence et le fait qu'elle ne soit pas armée. La maîtresse des rituels, cadette du conseil et d'habitude la plus enjouée d'entre eux, est sur les nerfs.

    - Sélène, je m'attendais à te voir débouler.
    - Tu as perdu la tête en l'enfilant dans cette horrible chose cornue ?

    Décidément, personne ne l'aime ce heaume. Sans doute parce qu'il faut le porter sur le champ de bataille et pas en société. Un autre motif de crève-cœur ça.

    - Je sais ce que je fais.
    - Formidable ! C'est encore pire alors. Trifine est morte ! Crache t-elle en détachant soigneusement chaque syllabe pour les projeter comme des noyaux d'abricots revanchards.
    - Il y aura beaucoup d'autres cadavres et bientôt.
    - Toi ! Non je ne me laisserai pas énerver. Comment peux-tu rester aussi insensible ! C'est… tu es comme les humains !

    Luk attrape la jeune fille par les épaules. La fente de son heaume noir semble expulser une onde de haine qui foudroie l'élan de son accusatrice. Bjorn intervient immédiatement pour écarter son supérieur mais ce dernier ne se laisse pas faire. Il se rapproche encore, tout contre la jeune fille dont la respiration haletante dépose une fine auréole de buée sur sa cuirasse mordorée.

    - Les humains ?! Moi comme les humains ?! Je respire des exhalaisons nauséabondes depuis que j'ai constaté leur présence impie sur nos terres consacrées par la magie du Gardien. Ma lutte et ma rage proviennent de leur audace ! Ne viens pas me jeter ce genre d'absurdité au visage Sélène !

    Il la repousse brutalement, ce qui manque de la faire choir mais elle se reprend bien vite, écartant les mains tendues avec un air de défi dans le regard. Serrant les poings, elle repart à la charge du dos boudeur de Luk.

    - Et où sont-ils tes humains en ce moment hein ?!
    - Pas très loin.
    - Alors va les affronter ! Fiche le camp et laisse nous en dehors de tes égarements. Les thuadènes n'ont pas à subir tes sautes d'humeur, Luk le Marcheur des Cieux. Et si tu dois mourir les tripes à l'air seul, on trouvera quelqu'un d'autre pour mener les troupes. Ne t'imagine surtout pas, en dépit de ce qu'a dit le Gardien, que tu es indispensable !

    Sa voix monte encore dans les aigus et ce simple fait semble l'exaspérer.

    - Marcheur tu m'écoutes ?!

    Elle toque sur le bronze comme on le ferait d'une porte et se faisant, se casse un ongle. La jeune fille lâche un juron paillard qui sied bien mal à sa frimousse et se suce l'index en maugréant :

    - Cha chonne creux là dedans. Pfeuh.

    Le mépris ayant brisé ses griffes sur le mur de l'indifférence, Sélène n'a d'autre choix que de se retirer. Elle renifle avec hauteur, rajuste ses voilages, ses tresses à moitié dénouées et sa dignité malmenée pour repartir. Au passage, elle accroche l'avant bras musculeux du nordique.

    - Bjorn, depuis combien de temps il est comme ça ?

    Le lieutenant hésite, jette un œil à la silhouette immobile de son capitaine et finit par hocher la tête.


    - Quelque chose d'affreux s'est produit hier. Une sale histoire. Nous sommes tous un peu chamboulés depuis que certaines certitudes ont été remises en cause… (Il chuchote) et lui plus que tous.
    - Hm.
    - Sélène, il y a un nécromancien dans le Sidh. Un type anodin mais si tu le rencontres, méfie toi de son bras gauche. C'est une arme. Je l'ai vue en action et crois moi, tu n'as pas envie de connaître la douleur qu'elle inflige.
    Le mot maudit fait plisser des yeux et mordiller des lèvres.
    - Nécromancien…

    Craignant sans doute de trop en révéler, Bjorn jette un autre regard à Luk mais ce dernier ne semble pas réagir. La grosse paluche du colosse se referme alors délicatement sur le bras fin de son interlocutrice. Il y a quelque chose en Sélène qui donne envie de la tenir contre soi. Une part de fragilité s
    essile automnale et de délicatesse corollaire printanière.

    - Cet homme est dangereux. Voilà ce qui tracasse Le Marcheur, il ne peut pas le tuer.
    - Comment ?!
    - Il est protégé par les lois de l'hospitalité. C'est l'invité du Dagda Nuadien lui-même.
    - Le gardien hébergerait un nécromancien… nous perdons la tête.

    Sélène baisse la tête et se mordille l'index. Son regard devient plus distant un instant mais lorsqu'elle relève le menton, un autre genre de colère brille au fond de ses yeux. Elle se tourne vers Luk qui leur présente toujours ses omoplates impassibles.

    - Marcheur, tu es trop fort pour ton propre bien. Les faibles comme moi, savent s'adapter aux changements. Voilà pourquoi tu es dangereux…

    La maîtresse des rituels est souvent passée pour une écervelée à cause de son jeune âge et de son insouciance affichée. Mais évidement, elle n'est pas entrée au conseil pour son aptitude à tresser des couronnes de fleurs. Elle se redresse de toute sa hauteur (ce qui ne fait pas tant que ça mais a le mérite de mettre en valeur sa silhouette) :

    - Je vais te montrer comment on règle ce genre de problème sans recourir à la manière forte. Alors tu t'occuperas des hostiles à ta manière. Tu tâcheras de mourir héroïquement au combat pour laver ton honneur et nous épargner l'affront de te revoir en vie au conseil.

    ***

    Ça doit bien faire plusieurs minutes que je suis là à m'abreuver de cette immensité, jouant à m'imaginer le géant qui cueillerait les sapins, essaimerait les rochers et tasserait les collines du plat de la main.
    Les nuages épais qui s'amoncellent au dessus de nos têtes laissent alors échapper un rayon de soleil par une trouée inopinée. Et tout à coup, c'est comme si le Sidh s'habillait de couleurs chaudes et dansantes. C'est incroyable !
    Les nuages ne cessent de se déplacer et le petit cercle de lumière suit leur progression, léchant les reliefs de sa caresse dorée avant de les abandonner à nouveau dans cette grisaille pesante. Et là tandis que je franchis les distances par de simples battements de cils, un reflet m'accroche l'œil au loin. Je plisse les yeux et place ma main en visière pour tenter de cerner le phénomène de plus près. Non, plus rien, il n'y a pas assez de soleil pour que je puisse tirer de conclusion. Et pourtant…


    C'est alors qu'une main se pose subitement sur mon épaule, m'imprimant une très légère impulsion qui, bien que très loin de me déséquilibrer, m'arrache un cri d'horreur. Je me retourne d'un bloc, le cœur, les tripes et l'intégralité du contenu de mes vésicules biliaires au bord des lèvres. Retour à la brusque réalité organique de mon existence avec pour premier travers, un sourire taquin à quelques centimètres du visage et des mèches blondes, des tas de fines et longues mèches blondes.


    - Maille ! C'est quoi ton problème ?!
    - Fini de rêvasser, laisse ça au crâne lisse.

    Son pouce m'indique Javel, bouche molle et ronflement glaireux, qui s'est visiblement déjà consacré à sa spécialité sans perdre une minute.


    - Déjà ??
    - Il s'est endormi pendant les explications de notre guide, bon ça lui a pas trop plu je crois. Maintenant elle voudrait bien qu'on bouge Kageisha de l'entrée.
    - Une vraie bande de limaçons hein…
    - C'est ce qu'elle n'arrêtait pas de répéter pendant qu'on grimpait.
    - Je ne sais pas si j'aime bien cette fille finalement.
    - Aller, on se remue. Tu lui conteras fleurette plus tard.
    - Hé !

    Nous tirons le shinigami dans un coin de la pièce où il ne risque pas de se faire marcher dessus. Son sommeil à lui est plus proche d'une catalepsie moribonde. C'est inquiétant. Je ne sais pas s'il faut couver l'espoir de le revoir bouger… non pas qu'il se soit déjà beaucoup agité en fait.

    - Pourquoi ce "hé" de sainte nitouche ? Tu n'y penses jamais ?
    - Entre nous Maille… j'y pense tout le temps, du moment qu'on n'essaie pas de me tuer.

    Alors Javel étant une fois de plus hors course, il ne reste que le duc, la geôlière, la paire d'encapuchonnés muets et moi. L'insignifiant "moi" qui s'approche maintenant de cette fausse timide de Morgane pour lui poser une question d'importance :

    - Est-ce qu'il y a des commodités dans le coin ?
    - Des quoi ?
    - Bon… je vais encore passer pour le grossier du groupe mais tant pis : j'ai envie de pisser.
    - Oh ça ! Clame t-elle soudain, toute joyeuse. Son index désigne le paysage avec nonchalance. Et bien en fait, on fait ça par-dessus bord.

    Je reste coi une fraction de seconde de trop avant de réaliser qu'elle se fout ouvertement de moi. D'ailleurs ça a bien l'air d'amuser ses sbires qui ricanent sous cape. A défaut d'autre chose, je les transperce d'autant de traits que mes yeux peuvent en décocher.

    - C'est par là, sourit Morgane en cliquetant de son bras droit abondament chargé en colifichets.

    Je me racle la gorge et file rougir dans la direction indiquée. Le duc m'emboîte le pas en expliquant qu'il va en profiter lui aussi. Le bougre, je suis sûr que Sa Seigneurie n'osait pas poser la question pour me laisser l'honneur de me couvrir de ridicule. Cela dit, je pige également que c'est une occasion de discuter en tête à tête. Quoi de mieux que des latrines pour échanger des messes basses ?
    Je baisse la tête pour passer sous une élégante arche sculptée, laquelle nous propose une destination moins spectaculaire que la pièce que nous quittons mais ô combien plus prosaïque.

    - Et quand t'y penses, tu penses à qui ?
    - Personne. Qu'est ce que t'as Maille ? T'es en manque de croustillant ?
    - Mh non.

    Nous ne croisons que quelques rares thuadènes qui nous lâchent au mieux des regards intrigués. Aucun ne semble vraiment se soucier de notre présence en ces lieux. Tout est si calme ici…

    - On ne doit pas avoir la même définition du mot prisonnier…
    - Qu'est ce que tu dis ?
    - Dis moi Maille, qu'est ce que c'est que cette histoire de guerre ?
    - Je ne sais pas… mais il y a certainement pas mal d'évènements qui nous échappent.

    Il y a des moments dans la vie où l'on a des certitudes sur lesquelles on pourrait briser de l'acier. Par exemple, en vidant sa énième chope de bière, on sait que le réveil sera pâteux. En voyant une fille rougir sous ses nattes, on sait que… enfin on sait quoi.
    Et là, présentement, en voyant le duc sourciller presque imperceptiblement pendant sa réponse, j'ai l'inébranlable conviction qu'il me ment. Mais il est un peu trop tôt pour insister.
    Alors que nous croisons un autre spécimen d'elfe élancé, détaché et gracieux sous ses robes amples, je me fais la réflexion que ça fait un moment qu'on ne rencontre plus de guerriers.


    - C'est quand même curieux que ce coin soit aussi vide.
    - J'étais donc le seul à écouter tout à l'heure… La demoiselle Morgane nous a expliqué que les combattants qui résidaient ici sont tous partis dans la plaine pour répondre à l'appel des armes. Il ne reste que les personnes chargées de travaux de routine.
    - Je vois. Tiens, on dirait qu'on a trouvé.
    - Juste un rideau ? Pas très intime…
    - Bah.

    A peine entrés dans la petite pièce dont je n'ai pas franchement envie de faire la description (même si j'en ai connu des plus glauques), nous passons quelques instants silencieux à nous soulager avant d'orienter la conversation sur un terrain plus sérieux… et plus pentu également.


    - Alors Maille, tu ne veux pas m'en dire plus à propos de cette guerre ?
    - Pourquoi es-tu persuadé que je sais quelque chose à ce sujet ?
    - Et bien pour commencer, je ne sais pas ce que tu es venu faire dans les bois tout à l'heure.
    - Je ne sais pas non plus ce que tu faisais là, mon bon…
    - Maille !
    - Toujours est-il que je t'ai sauvé la mise. Tu a l'art de te faire planter dans des situations extravagantes. Dis-moi, qui est ce qui t'as fait ça ?
    Il désigne l'auréole sombre qui macule ma tunique.
    - Je ne sais pas, un fou furieux avec un casque à cornes. Il m'a traité de nécromancien et s'est jeté sur moi comme un fauve enragé.
    - Un casque à cornes ? Est-ce qu'il était assez grand, costaud et qu'il portait deux épées ?
    - Heu… je ne sais pas. Oui peut-être.
    - Hum. Ça pourrait être le même.
    - Le même que qui ?
    - Tu n'étais pas là, enfin pas ton esprit. Lorsque nous nous sommes réveillés dans cet espèce de temple, il y avait un guerrier. Vous vous êtes affrontés et il t'a tranché le bras.
    - Quoi ?!
    Si la candeur peut être sordide, alors le sourire de Maille en cet instant en serait la parfaite illustration. Quand à moi, je dois sans doute correspondre trait pour trait à la description qu'on ferait d'un hibou sur le point de prendre une crise d'apoplexie.
    - Oh, celui-là même qui a repoussé ! Ton corps à vraiment des capacités étonnantes à présent. Il faudra que tu m'expliques comment ça marche mais Sakutei… méfie toi. Ce type à l'air d'en vouloir à ta peau et je crois qu'ils n'aiment pas beaucoup la nécromancie dans ce coin.
    - Mais je ne suis pas…
    - Ah bon ? Je croyais que cette prothèse en os était un artefact pourtant… en tout cas ça y ressemble.

    Maille commence à s'éloigner pour revenir dans le couloir. Je hausse d'un ton pour l'accrocher.


    - Ça n'a rien à voir ! C'est Javel qui m'a collé ça !
    - Ah. Et bien tu devrais avoir une petite conversation avec lui. En tout cas, moi c'est ce que je ferais à ta place avant de me faire crucifier pour magie noire. Bon amène toi, à moins que tu ne goûtes à l'odeur inimitable de l'urine… pour ma part je m'en passe volontiers.
    - Crucifier… nan mais attends, Maille, Maille !

    J'achève de relacer mes chausses et renfile le gantelet droit. C'est pas que j'aime me cuirasser, mais je me sens désagréablement vulnérable depuis quelques secondes.

    ***

    - Tu crois que j'en ai trop dit ?

    Luk se retourne soudainement et pose une main virile sur l'épaule de son ami.

    - Non tu as bien fait Bjorn. Je réfléchissais et… et bien c'est une bonne chose que tu en ai parlé à Sélène.
    - Et maintenant ? Qu'est ce qu'on fait. Je crois que tout le monde s'impatiente depuis que l'ennemi est officiellement déclaré.
    - Mmh, les tempéraments vont cesser de se hérisser dès les premiers combats. Mais Sélène à raison, on s'attarde trop ici.

    Bjorn écarte les deux mains dans un geste d'impuissance.

    - Mais tant que les armées ennemies ne marchent pas sur la plaine, nous ne pouvons pas les affronter.
    - Le conseil veut une bataille en règle, il aura une bataille en règle. Mais ça ne nous empêche pas d'aller leur souhaiter la bienvenue.
    - Tu veux qu'on aille les attaquer ?
    Personne ne peut surprendre le sourire cruel qui soulève les commissures des lèvres du capitaine.
    - Non Bjorn, on va juste aller les voir. Une simple mission de reconnaissance… (Il se met à marmonner). Il va nous falloir quelques épaules solides et des jambes lestes. Mieux, il va nous falloir de l'intimidant et du menaçant.
    - Marcheur ?

    Le puissant thuadène inspire profondément, une idée vient de germer dans son esprit.

    - Bjorn, tu vas aller chercher dix nordiques, uniquement des hommes. Des costauds et des moches. Je veux exclusivement des berserks, prends les pires que tu pourras trouver. Ceux qui manient des armes sales comme la hache et la masse plutôt que des épéistes.

    Il laisse une empreinte profonde dans la glaise molle en pivotant d'un quart de tour pour distribuer d'autres consignes.

    - Sétoine !

    Le jeune guerrier lâche ses dés avec une légère frustration qui laisse présager que pour une fois, il gagnait. Il grimace d'une façon qui étire son tatouage facial et branle du chef.

    - Mission pour toi. Tu vas aller me chercher Zétane. Dis lui que je veux qu'elle m'escorte avec une bande de chasseurs.
    - Hein ?!
    - Pas de discussion !
    - Bon, bon.

    Il ne reste que Sigurd dont le faciès semble avoir définitivement été asséché de tout sourire. Luk examine un court instant sa triste figure. La perte de Miyanne à l'air de terriblement l'affecter. Plus encore que lui-même. Pas sûr qu'il tienne le coup mais il n'a pas le choix pour le moment, il a besoin de loyalistes dévoués à sa personne.

    - Sigurd, tu viens avec moi. On va aller voir notre prisonnier spécial.
    - Nous avons un prisonnier spécial ?
    - Oh oui !

    Le rire lugubre qui fuse de ce heaume cornu aurait de quoi flanquer des cauchemars à des gamins pour plusieurs mois.


    ***

    J'ergote toujours avec Maille pour qu'il me lâche quelques menues bribes de son petit périple personnel lorsque sa main m'arrête avec une force que je ne lui soupçonnais pas. Il est vrai que le duc cache bien son jeu, c'est bien son principal défaut. Le doigt sur les lèvres, il me fait signe d'écouter. Et effectivement, nous entendons… les rideaux qui servent de porte à ce niveau sont finalement bien pratiques.

    - Elle a vraiment dit ça ?
    - Pas mot pour mot mais c'est l'idée oui.

    La première voix, c'est Morgane, la seconde m'est inconnue mais au timbre, c'est une fille, je dirais même une fillette.


    - Ça m'étonne de sa part. Bon sang, qu'est ce qu'il s'est passé au conseil ?
    - Je ne sais pas. On parle de sang, de mort… et de trahison.
    - Alors c'est pour ça que Sélène veut (la suite est inaudible).

    Nous tentons de nous rapprocher doucement. Maille cherche à me retenir en arrière pour avoir la primeur de l'information, je fais de même et nous voilà à moitié enlacés l'un l'autre lorsqu'on nous surprend.


    - Oh, qu'est ce que vous foutez ? Ah, je comprends pourquoi tu ne voulais pas que je vienne t'aider à te laver.

    Plus rouge, on jugerait sans doute que je suis trop mûr.

    - Heu non !
    - Bah, chacun ses préférences. Mais dommage…

    Je bredouille les quelques stupidités convenues de ce genre de déconvenues avant de réaliser que je ne fais qu'aggraver mon cas. Maille semble beaucoup s'amuser de la situation, il se dégage élégamment et rentre dans la pièce de son pas régalien. Pour ma part, j'aimerais plutôt donner dans le reptilien et aller me glisser dans un interstice.
    Quand je pénètre à mon tour dans la pièce panoramique, je découvre la fillette. Je crois que je n'avais pas encore vu de petites thuadènes… et bien, voilà chose faite. Si j'en crois les brindilles qui pointent hors de sa chevelure désordonnée, je dirais que celle-ci est du genre sauvageonne. Le menton rond, le nez légèrement retroussé et quelques dents de lait dans son sourire espiègle. Une mignonne frimousse aux airs de chapardeuse de confiture. La note incongrue, ce sont les deux dagues sanglées sur ses bras, poignées vers le bas. de manière à pouvoir les tirer en pliant le coude. Ne me dites pas qu'elle aussi fait partie des combattantes…

    - Bon Morgane, je vais faire les préparatifs nécessaires, on se retrouve dans un moment.
    - Bien.

    La gamine se faufile entre sa seigneurie et moi-même avant de disparaître dans le couloir. Morgane nous regarde tour à tour avec un drôle d'air. Je constate que Javel en écrase toujours à poings fermés et qu'il n'y a rien de nouveau du coté de Kageisha. Les deux autres gardes sont partis, ce qui nous laisse plus que trois actifs.
    Notre geôlière s'installe sur une chaise sans dossier mais aux accoudoirs particulièrement relevés, croise les jambes et cale son menton sur le dos de sa main. Elle a l'air subitement très sérieuse, préoccupée même.

    - Messieurs, nous avons un problème…

    Et à ce moment là, comme pour illustrer sa réplique, un cri s'élève du couloir que vient d'emprunter la fillette. Un cri de terreur qui s'étrangle rapidement sur le timbre plus humide d'une agonie douloureuse.


    ***

     - Aller debout toi ! Tu es libre.

    La porte donne sur un réduit sombre et humide aux relents organiques d'une captivité prolongée. La seule source de lumière provient de l'extérieur, ce qui doit produire un contraste saisissant. Luk voit une main ridée s'agiter comme pour chasser des lucioles, le bougre doit être totalement aveuglé.

    - Sigurd, lève le.

    Le thuadène descend les quelques marches et foule la pierre lisse pour aller se saisir du prisonnier par le bras et le traîner aux pieds du Marcheur. La tête blanche émerge dans la lumière, ainsi qu'un réseau de rides qui semble avoir été creusé par les assauts sans fin de vagues corrosives.
    Un instant de silence examinateur s'en suit. Sigurd relâche le vieillard qui s'affale contre le mur grossier. Il fait quelques pas pour remplir un seau d'eau à la rivière toute proche et lui en tend une louche débordante. L'autre encore papillonnant peine à l'enserrer de ses doigts tordus pour y boire. Sa première gorgée lui arrache une toux crachotante.

    - Il n'a pas l'air en forme. Où est-ce que tu l'as déniché celui-là ?
    - Dans le Sidh.
    - Curieux, je ne vois pas comment il a pu arriver jusque là.
    - Moi non plus, mais ça prouve une chose à propos des humains : ils sont pleins de ressources malgré leur faiblesse apparente. Bon, voyons ce qu'on peut tirer de celui-ci.

    Luk s'accroupit auprès du chétif captif et lui attrape le menton pour lui relever la tête.

    - Tu peux parler ?

    Pas de réponse.

    - Bon, peu importe, tu n'en auras pas besoin. Tu as de la chance, humain, en temps normal on te tuerait mais il se trouve que j'ai un travail pour toi. Si tu l'exécutes, tu pourras retourner dans ton monde, sinon… et bien je crains que cette terre ne devienne ta tombe. Tu me suis ?
    - Marcheur… tu comptes vraiment confier quoique ce soit à ce détritus ??

    Luk se relève et se saisit d'un poignard simple posé sur une tronc abattu couvert de mousse. Il le soupèse dans sa main d'un air pensif et s'adresse au planton chargé de la surveillance.

    - C'est bien son arme hein ?
    - Oui, c'était avec lui.
    - Bon.

    Il se rapproche de l'humain et expédie la petite lame d'un geste sec. Elle se fiche en terre entre ses jambes mais il ne sursaute pas. Probablement trop faible pour ça.

    - Tu sais te servir de ça ?

    Pas de réaction. Est-il apathique à ce point ? Son absence d'attitude commence à irriter le Marcheur des Cieux qui frappe dans ses mains. Ayant abandonné ses armes au conseil, il est contraint de s'en remettre à celle de son lieutenant.

    - Sigurd, ton épée !

    Un sifflement. Luk attrape la poignée qu'on lui tend et d'un mouvement fluide, appuie le tranchant de la lame sous la gorge du prisonnier. Ce dernier relève un regard blanc sur son agresseur mais aucune expression ne vient perturber son visage creusé.
    Et d'un coup, presque trop rapidement pour l'œil, sa main se referme sur le poignard et l'arrache du sol meuble. D'un crissement métallique, l'épée de Luk se voit légèrement déviée. Le vieux détend le bras, son projectile décrit une courbe courte, ripe sur les bottes du capitaine et tombe misérablement à terre.
    Cette agitation soudaine semble contrarier les quelques muscles parcheminés de cette carcasse usée qui se prend de tremblement irrépressibles. Luk sourit et rend son instrument à son subordonné un brin perplexe.


    - Bien, bien, belle fougue mais il va falloir te remplumer un peu. En attendant, voici tes cibles. Tout d'abord, il y a une ondine…

    ***

    Soudain alertes, nous nous entreregardons avec ce genre d'expression que l'on arbore en général une demi seconde avant de mourir. Une chaise se reverse, les échos semblent se prolonger un peu trop longtemps.
    Un des capuchards déboule d'une pièce latérale, l'air aussi aux abois que nous. Un échange de bref de hochements de têtes, il dégaine et s'enfonce prudemment dans le couloir ténébreux.
    Morgane se poste sur le coté de la porte, le regard vissé au fil de sa lame au clair. Plus personne n'ose parler. Le second capuchard revient lui aussi d'un autre couloir et se place en face de Morgane, dans une posture similaire, prêt à cueillir tout arrivant impromptu. Je jette un œil à Maille, il me fait signe de me rabattre sur le coté au lieu de rester bêtement exposé face à l'ouverture.
    Plusieurs interminables secondes dégoulinent sur mon front, je les éponge d'un revers de manche ce qui fait que je sursaute lorsque je remarque que quelqu'un vient d'entrer ! Non,
    tout va bien, c'est le premier larron. Il porte un petit corps ensanglanté dans ses bras. Merde, c'est la fillette aux dagues !

    - Elle est morte, confirme quelqu'un d'une voix sombre.

    Et la mort frappe encore. Quelque part dans les couloirs, un autre cri déchirant à percer les vessies. Je me rends compte que je viens de me baisser par instinct.


    - Ça se déplace et silencieusement avec ça… il y a un assassin dans les grottes.
    - On devrait…
    - Alors surtout, on ne bouge pas d'ici ! S'exclame Morgane d'une voix un peu trop blanche. Cette pièce reste notre meilleure position de défense.

    Un assassin dans les grottes ? Comment est-ce possible ? Je n'ai pas le moindre début de réponse mais la sensation me noue les tripes, ce qui ne facilite pas le lent et fastidieux processus d'échafaudage d'hypothèses. Alors pour l'occasion, je requiers les services de quelqu'un plus habitué que moi aux situations morbides.


    - Psst, Maille, une idée ?
    - Alors là non tu vois. Non.

    ***

    Thrace se relève sur les genoux et tente de reprendre sa respiration. Il faut qu'elle se calme. Elle a déjà vécu ça, ce n'est pas insurmontable bon sang ! Elle éponge le filet tiède qui coule le long de son menton. Le dos bien droit, les paumes moites sur les cuisses, elle ferme les yeux pour contrôler son souffle. Voilà… voilà… comme ça, tout se passe bien…

    - Ooooh…

    Brutalement rejetée en avant par un spasme dévastateur, l'ondine plus pâle que la mort est atteinte de plein fouet par une nouvelle vague de nausées. Elle a juste le temps de se pencher pour ne pas se souiller en vomissant.
    C'est la seconde fois de la journée, elle pensait que les effets du poison s'étaient dissipés mais ils étaient juste en dormance ! Et à chaque crise, elle s'affaiblit un peu plus. Elle perd d'avantage d'eau sans pouvoir la régénérer cette fois. Tout ça pour une seule dose.
    Lorsqu'enfin les derniers sursauts contractent sa gorge tapissée de rejets acides, elle manque de tomber la tête la première dans la flaque visqueuse qui s'étale à ses genoux.
    Sans force, elle roule sur le coté et jette un regard éperdu au ciel gris qu'elle entrevoit à travers les branches. Au bord des larmes d'une crise de nerfs, Thrace se mord le poing pour ne pas succomber à une nouvelle série.
    Il n'y a plus rien à dégobiller bon sang ! Plus rien ! Plus rien !


    - Jetuk, -ogh- je vais te tuer…

    ***

    Les thuadènes se retrouvent en lisière de la plaine aux piliers. Des gueules cassées qui toisent avec morgue la bande de gringalets qui vient de se faufiler hors du sous-bois. Les premiers comparent avec fierté leurs cicatrices, leur capacité à cracher le plus loin possible et la taille de leurs instruments aux formes variées mais dont la mention "délicatesse" n'est pas au nombre des qualificatifs les plus prisés dans leur usage. Le deuxième groupe, plus discret et silencieux, se contente de se tasser dans un coin. Ils restent entre eux à mâchonner des feuilles étranges.
    Curieux comme un chien sauvage, un spécimen de nordique aux mèches grasses probablement colonisées par les poux réclame une chique pour savoir ce que ces chiffes molles consomment. Quelques coups de mâchoire musculeuse plus tard, il s'étrangle en toussant à la grande joie des forestiers.

    Luk apparaît en compagnie de Zétane, flanqué par ses lieutenants, au moment où la séance de moqueries tourne à la rixe. Il rétablit l'ordre aux prix de quelques claques et d'une bonne beuglante avant de reprendre la parole sur un ton plus posé :

    - Aujourd'hui, les humains ont posé un pied de trop sur notre territoire. Ils s'imaginent peut-être qu'on va les regarder planter les tentes et mettre les tonneaux en perce… nous sommes ici pour leur faire comprendre cette grossière erreur.
    - Marcheur, je te le répète, mes chasseurs ne SONT PAS des guerriers. Emmène tes barbares au carnage si ça peut te faire plaisir mais ne me mêle pas à cette faune libidineuse !

    Exceptionnellement calme à l'approche de la tempête, le capitaine désigne simplement le petit groupe de forestiers d'une main ouverte et concède l'argument d'un hochement de tête.

    - Les chasseurs couvriront notre retraite. D'ailleurs, je ne veux pas voir une flèche percer les feuillages tant que je n'en donnerai pas l'ordre. Nous allons frapper durement et méchamment ! Nous allons répandre le chaos, la mort violente et répugnante alors mes braves, pas de pitié ! Privilégiez les coups qui font mal et les mutilations plutôt que les coups fatals mais ne vous exposez pas trop non plus.
    - Greuh… voilà qu'il faut qu'on finasse en plus. Moi quand je frappe, je frappe.

    La répartie déclenche une série de rire gras d'un coté et de roulements d'yeux accommodés de soupirs de l'autre.

    - Zétane, quand nous aurons terminé notre séance, je compte sur toi pour les empêcher de nous suivre.
    - Ouais bon, on y va ?
    Les gars s'impatientent. Luk pose un genou à terre et en arrache une petite boule de terre qu'il malaxe au creux de sa paume.
    - Dans un instant. Je vais d'abord invoquer quelques brumeux (il marque un temps de pause qui dévoile le reflet nacré de ses dents par l'ouverture de son casque) pour la rigolade…
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  • Commentaires

    1
    O-Ren-Kimi Profil de O-Ren-Kimi
    Jeudi 26 Août 2010 à 14:14

    Je voulais poster avant de partir puis ça a été un peu la panique et j'ai pas pu mais là je viens pour te fouetter afin de savoir la suite parce que tout s'accélère et ce que prévoit Luk me laisse rien entendre de bon.

    J'aime bien ce chapitre parce que tu mélanges les 3 histoires et du coup ça fait moins long à attendre, même si je me languis autant d'en savoir plus mais y a encore trop de questions dans ma tête et tu lâches des petits bouts de réponse qu'au compte gouttes pffffff.

    Bon les vacances sont terminées alors bosse un peu nonmého! =) vite la suiiiiiiiiiiiiiiiiiite siteplééééééé <3

    2
    Moo Profil de Moo
    Jeudi 26 Août 2010 à 21:35

    Wouhou ! Kimi est de retour :D


    Sak', t'as plus le choix, faut sortir la suuuuuiiiiiiiiite (à en croire ton commentaire c'est en bonne voie)

    3
    Sakutei Profil de Sakutei
    Jeudi 26 Août 2010 à 21:50

    Hé hé, ça me fait plaisir de voir que vous êtes toujours assidus ^^

    Effectivement j'ai presque fini de boucler le 43 et ça va pulser !

     

    Et par dessus le lot, en bon marchand de mots, je peaufine une nouveauté... d'un goût spécial. Je n'en dit pas plus,  demain bûcheronnage, RDV ce WE :)

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