• L'Os qui Pique

    J'ai toujours aimé le son des engrenages qui s'emboîtent
    Mais j'ai toujours eu du mal à en supporter la pression.

    C'est pourtant quelque chose de délicieusement mécanique.
    Sentir les dents d'une roue crantée s'enfoncer !
    Elle perfore l'ossature de mes certitudes pour se loger au plus profond de l'archaïque.

    Ce qu'on appelait autrefois la cage thoracique.

    Rouage contre rouage.
    Elle fait vibrer un instant la grande machine !
    Ca pistonne, ça cahote, ça crachote.

    On pourrait croire que ça va exploser, que ça va partir en éclipse.
    Mais c'est tellement extatique…

    Je me rappelle du non-vécu.
    Le frottement des ailes de papillon
    Le butinement affairé des abeilles
    Tout un tas de sensations totalement inconnues
    Qui occasionnent leurs lots d'anomalies système.

    Et c'est là que jaillissent les étincelles.
    C'est là que j'aperçois les lueurs frangées d'or de soleils,
    qui ne sont que cendre maintenant.

    Ca crépite parfois tellement,
    J'en prends des fourmis dans les durites.
    J'écarquille mes tiges optiques à m'en faire cramer les disques.
    Je tente d'aspirer l'intangible.

    Je voudrais refermer mes phalanges métalliques sur ce brasier incandescent !

    Et là en général je cligne des yeux.
    Une goutte de sueur roule sur l'arête de mon nez.
    Je perçois la chaleur moite de ma paume contre ma joue
    Mes yeux piquent, mes lèvres tremblent.

    C'est terminé.
    C'est si lourd un cœur.

    8 commentaires
  • Rock 'n' Roll do not need sacrifice, Rock 'n' Roll just needs you to enjoy it !


    I felt it was time to say someting deep... So let's say it was just a try. Or somekind of mind explosion, i don't really know. But in fact, who cares ? I think i'm just gonna listen to some more Led Zep.

    Yeah ! See ya !

    votre commentaire
  • Page 1


    There is no knowledge that is no power

    - Et en argien ça donne quoi ?
    Tampo s'avance en cliquetant au milieu de ses colifichets d'ossements. Déchiffrant la stèle à voix haute, il conclue sa traduction d'un beau crachat noirâtre sur les pierres rouges.
    - "Bienvenue dans le royaume de la Mort."
    - Chiottes du mercredi ! Ca craint.


    Tanne-cuir est inquiet...ce n'est pas commun. Brigane lui retourne un regard appuyé sans autre commentaire. A leurs pieds, un sol écarlate s'étire comme une croûte de sang dans quatre directions. Le vent charrie un certain nombre d'odeurs qu'il ne vaut mieux pas chercher à identifier. Plus haut, le mouvement céleste se poursuit, diffusant un panel kaléidoscopique de couleurs criardes.

    - Capitaine ?
    - On se bouge, le ciel vire encore au violet,
    grommelle Brigane.

    Après la stèle poussiéreuse, le chemin s'enfile dans une étroite piste sablonneuse. Sur le coté, quelques vestiges de statues anciennes dépeignent des scènes étranges où des corps difformes se mélangent et s'assemblent pour engendrer d'autres monstruosités. En soit ce n'est ni répugnant ni effrayant...c'est juste moche.  On sent pourtant que le sculpteur a transpiré à chaudes gouttes pour tenter de leur donner un tour inquiétant. Faut être marbré. Tampo se fend d'un rire pervers en détaillant un accouplement particulièrement grotesque. Le vieux sorcier fait un mouvement obscène des hanches avant de filer le train à ses compagnons.

    Au détour d'un virage, une paire de gigantesques portes barre la route. Le trio ne manque pas de sourciller en remarquant qu'elles ne sont soutenues par aucune arche ni mur. Les robustes battants sont là. Posés triomphalement dans ce désert rouge au ciel changeant. Si vous décidez de franchir les portes allez à la page 26. Si vous préférez contourner l'obstacle, passez page 47.

    - page 26 ?
    - Evidement, on est pas venu là pour contourner. On fonce et on défonce.

    Tanne-cuir salue cette déclaration par un rictus sauvage. La perspective d'une baston bien juteuse lui réchauffe sans doute le coeur.


    Page 26


    Derrière les portes, le paysage continue, stable et immuable. Pourtant, une fois entrouvertes, elles révèlent un intérieur sombre aux relents de charogne...et de fraise des bois. Derrière le perron, une série de vieilles dalles grises propose une petite balade dans une cave voûtée et humide. Pas question d'hésiter, le temps est compté. Les battants grincent et –comme il est de coutume dans ce genre d'endroit- se referment tranquillement sur les talons des trois voyageurs.

    - Bordel, il fait plus noir ici que dans le cul d'un troll mutant.
    Si vous décidez d'allumer une torche, allez page 3. Si vous préférez activer un sortilège, direction page 81.
    - Tampo. Lumière !

    Page 81


    Le raisin sec édenté qui leur sert de sorcier claque des doigts. Un bruit de pet se fait entendre...suivi d'une lueur verdâtre plutôt faiblarde.

    - On peut rien te demander hein.

    Brigane se demande si c'était une bonne idée d'emmener ce sac d'os. Pourtant, la consigne était formelle, sans un adepte des arts noirs, ils n'auront aucune chance de récupérer le sablier du… machin-truc. Pas moyen de se rappeler le nom exact.
    L'éclairage douteux de Tampo révèle un couloir tortueux qui se perd dans l'obscurité. Un peu plus loin, un inévitable embranchement se profile dans les contours spectraux de la lueur qui émane du sorcier. Si vous décidez de descendre les escaliers sur la droite, rendez-vous page 33, si vous êtes équipés du manuel de théocratie sulfureuse, entonnez le rituel et allez page 13.

    - Hein ? C'est quoi cette merde. On a raté quelque chose ... capitaine ?
    - Du calme, du calme. C'est un leurre à la con. On continue par la gauche.
    - Mais on ne peut pas...
    - On s'en fou putain, qu'est ce que t'as à être frileux Tanne-cuir ?

    Page 43


    - Tu vois fallais pas s'affoler.
    - Heu...on est où là ?

    Le groupe s'immobilise dans ce qui semble être une grande salle. Du moins, c'est ce qu'on peut déduire dans les limites de l'aura du sorcier. A leurs cotés, l'éclaireur Harga palpe le sol de sa main experte.

    - Qui ça ??

    Harga se retourne avec un large sourire. Son regard de braise se coule –contemplatif mais un brin concupiscent- le long des reliefs avantageux d'attributs typiquement féminins. Douces courbures mises en valeur par l'entrelacement de lanières de cuir qui harnache la jeune fille.

    - Capitaine. Je n'avais pas encore remarqué que vous étiez une femme...
    - Olà ! Tampo bordel !


    Trop tard, Tanne Cuir fait déjà voltiger sa lourde massue. Harga esquive d'un bond et envoie son pied dans les gencives du colosse. D'un geste souple, il dégaine sa lame courte et se plie en deux. La masse cerclée de fer cogne brutalement contre les pierres, soulevant des éclats de roche qui s'éparpillent dans les airs. L'éclaireur, plus agile et plus souple parvient à éviter l'attaque barbaresque et saute en avant sous la garde du géant.

    - Vas- y étripe le ! Attrape le pour le vider !

    L'encouragement enrobé par la voix chaude d'une jeune femme sensuelle produit son petit effet. Le rouquin replie son avant bras devant lui. Son regard farouche brille d'un éclat flamboyant. D'un coup sec, sa main armée file dans un mouvement remontant de bas en haut. Le métal iridescent larde les protections de cuir et s'enfonce goulûment dans le bide du colosse. Tanne-Cuir lâche un hoquet et vomit un sang noir et épais. Sa langue jaillit comme un poisson mort lorsque son adversaire fouille ses entrailles avec sa dague ensorcelée. Le sang file en geyser abondant et putride. Couvert de cette substance répugnante, Harga met un genou terre et incline la tête, un bras devant lui et l'autre dans le dos.

    - Yes My Master !
    - Harga...


    Brigane place ses mains de chaque coté du visage du jeune éclaireur pour le relever. Son coeur bat plus fort et elle se sent étrangement réceptive à sa virilité juvénile. Sans doute le sang qui macule ses vêtements ajoute-il un certain charme sauvage. Si vous décidez de lui rouler une pelle, allez page 33, sinon, tournez la page.
    Relevant la visière de son casque, la jeune femme dévoile sa dentition parfaite dans un sourire enjôleur. Ses lèvres se rapprochent...

    - Attendez capitaine. C'est un piège.
    Tampo s'interpose entre les deux tourtereaux. Ses doigts osseux agrippent l'épaule cuirassée de son supérieur.
    - Quoi ?
    - La page 33...on l'a déjà eu plus haut.
    - Merde t'as raison. Quelqu'un essaie de nous ramener dans le fil du récit.

    - Il y a probablement un Naran Arteur à l'oeuvre ici. Gardons les yeux ouverts et la poudre bien au sec.

    Ce n'est pas très malin de la part du sorcier de prononcer à voix haute le nom d'une créature aussi puissante. Le groupe ne fait pas cinq pas qu'un bruit ondoyant se fait entendre.
    - Merde ! Eclipse la nuit et cogne le ruban des étoiles. Cinq pointes se dressent et retournent dans la main qui les a guidé. Entonne...
    Mais les invocations du sorcier restent sans effet. Le vieillard s'échine en vain à en suer des larmes de sang. Déjà, son coeur commence à se ratatiner sous l'effet des forces qu'il tente de contraindre inutilement.
    - Tu mens !
     Le sol se met à trembler, jetant à terre les trois compagnons. La vieille pomme ridée du sorcier se convulse sous l'effort. Les aiguilles de son costume ne sont plus aussi fringantes qu'avant et ses tatouages se mettent à couler comme s'ils étaient fait d'une encre bon marché.

    - Qu'est ce qu'il se passe putain ?
    - Un Naran ! Un Naran !
    - Je ne comprends pas...

    Ce qui est bien le but d'ailleurs
    - Il veut me sortir...attention je vais...
    N'y compte même pas pauvre niais. Je suis ton créateur, tu ne peux rien contre moi.
    - Je vais prendre le contrôle de cette histoire de fou.

    Amusant...et comment comptes-tu t'y prendre ? Il me suffit de claquer des doigts pour te briser la colonne vertébrale. Tu es mon personnage et je suis ton dieu, ton âme et ton souffle. Je suis chacune des gouttes de sang qui parcourent tes veines. Je suis aussi la langue avec laquelle tu tentes de me défier. Regarde...
    - Poatrache du poech chell
    Alors on a du mal à parler ? Tiens...attrape ça, j'ai une ligne de narration spéciale pour toi.

    Le vieux sorcier se raidit soudainement. Quelque chose vient de s'insinuer en lui. Comme un grouillement frénétique qui lui remonte le long des tripes. Une légion de fourmis voraces lui serait-elle entrée par le cul ? La douleur explose derrière ses prunelles.
    - ... mais il s'en ... remet aussi soudainement.
    QUOI ! C'est pitoyable. Aucun sens de la métrique, aucun style. C'est nul ! Tu ne vas pas t'en tirer comme ça.
    - Pourtant, aussi impossible que ce soit, le duel bascule. Plus assuré, Tampo se loge dans les coulisses du marionnettiste et attrape les fils. Mobilisant toutes ses forces, il boucle ses poings et muselle la voix de Naran pour imposer la sienne à la place.
    ...grumph. Mais son cerveau explosa d'un coup sans autres fioritures qu'un jet de lumière s'évaporant dans le néant et quelques projections de matière grise sur les cotés.

    Mindrot



    Navrant d'en arriver là...mais c'est fait. Retournons à la page 33 où il se passe quelque chose.

    Page 33


    Désormais livrés à eux même dans ce piège labyrinthique Harga et Brigane arpentent un tapis de mousse aux reflets incertains. La lumière de la pièce leur donne l'impression d'être filtrée par une grande quantité d'eau...comme un fond sous-marin. Les faibles bruissements de l'air contribuent à rafraîchir agréablement l'atmosphère.
    Au fond, une nouvelle porte. Pour l'ouvrir, allez à la page 666.
    - 666...Ca ne me dit rien qui vaille.
    - Pas le choix. On y va, vaille que vaille.


    Avant de s'embarquer là dedans, Brigane dégaine son sabre psionique et enclenche une cellule de plasma dans la crosse. Harga ouvre un oeil rond.
    - Uh ?
    - T'occupe, ça existe pas encore. Cadeau du Naran pour compenser la perte de Tampo.


    Page 666


    Elle est là, intemporelle et audacieuse. Un visage féminin d'une perfection inhumaine enchâssé sur un support métallique duquel partent des faisceaux de câbles électriques qui s'enfuient dans l'obscurité. Harga tapote son épaulière pour raviver sa torche. L'ampoule grésille faiblement avant de projeter une lumière vive sur la scène.

    - Tu vois, toi aussi...
    - Ah oui tiens.

    La déesse mécanique contemple les deux nouveaux venus sans rien dire. Son masque lisse ne s'anime qu'au niveau des fentes oculaires pour révéler l'éclat glacé d'optiques numériques. Silencieuse sans sourcils, la machine observe, analyse et compulse ses données. Seul le faible grésillement des cervo-moteurs témoigne de son activité.
    Brigane s'agenouille et abaisse sa visière pour engager les données de matrice. Des colonnes de chiffres glissent devant son regard clair. Du bout de ses doigts meurtris, elle soulève un capot au pied de la machine et se met à pianoter sur une console.

    - Harga, branche toi sur les auxiliaires.
    - C'est quoi ?

    L'éclaireur est toujours bouche bée. Sa lumière est toujours braquée sur ce visage sans expression. En dessous, une inscription pour le moins obscure lui révèle ce qui est sans doute le nom de l'assemblage : F4-UCH-3US3
    - Pas quoi mais qui. C'est quelqu'un.
    - Et...

    Brigane se redresse souplement et pose une main tendre sur la joue de son compagnon. Elle lui sert un de ses plus charmants sourire avant de se remettre au travail. Le jeune homme se gratte la nuque avec incertitude. Il se sent un peu dépassé là. Quelque chose de menaçant émane de la construction qui leur fait face. Pivotant, il balaye les alentours pour tenter de comprendre. Il ne tarde pas à repérer la série de lames articulées qui lui renvoient des reflets tranchants. Qui que ce soit, la F4-UCH-3US3 sait se défendre.

    - J'ai la fréquence. Bouge toi !

    Harga sursaute, attrape une bride de connexion et la boucle sur sa broche d'avant bras. Dans sa hâte, il en oublie d'activer son pare-feu. Le hurlement strident qu'il pousse arrache Brigane à sa tâche. Trop tard pour réagir, un parasite est déjà à l'oeuvre, grignotant par petites bouchées tranquilles le cerveau du jeune pisteur. Impuissante, Brigane se mord les lèvres pour ne pas crier. Elle ne peut qu'assister à la dégradation de son compagnon. Heureusement, le processus est rapide. Un liquide bleuté s'écoule de sa bouche, de son nez et de ses yeux révulsés. Puis dans un grand frisson, il s'affale au sol, secoué par une série d'éclairs crépitants. Sa carte mère est grillée...c'est fini pour lui.

    Brigane se reprend en muselant la petite voix qui la conjure de prendre ses jambes à son cou. Elle entrouvre légèrement le col de sa combinaison. Tous ces morts si soudains...cette atmosphère si changeante...elle commence à perdre pied mais s'agrippe à sa mission. Du pouce, elle enclenche les micros de son casque. Les données s'injectent.

    >>> Ici le capitaine astro-spatial Brigane Cendrecoeur. En mission sur Pyro IV. Je requiers une connexion avec un pontife de la Mort.
    >>> Je suis un module d'extension de la Faucheuse, je vous reçois parfaitement capitaine. Que puis-je faire pour vous ?
    >>> Bon sang pour venir vous voir il faut être persévérant. Ce monde n'est qu'un vaste délire.
    >>> On n'accuse pas le miroir de refléter ses pensées. Que puis-je faire pour vous ?
    >>> Je suis ici pour arrêter le temps.
    >>> Précisez votre requête.
    >>> L'apocalypse s'annonce. Je dois récupérer le Sablier de la Mort (ah oui voilà...c'était pourtant simple à retenir) pour tout arrêter. En figeant l'instant. Comme ça nous vivrons dans la dernière seconde pour l'éternité.
    >>> L'éternité... c'est plutôt long.
    >>> Je n'aurais jamais pensé trouver un gramme de sens de l'humour dans une foutue machine dévolue à la moisson des âmes.
    >>> On y trouve ce qu'on y apporte.
    >>> Bon, je n'ai pas de temps à perdre, il doit en rester à peine cinq minutes.
    >>> Je vois. Quoiqu'il en soit, le Sablier n'est pas disponible en ce moment. Mais peut-être préféreriez vous un autre article.
    >>> Et merde !
    >>> Je peux vous proposer de boucler les dernières minutes pour en faire un cycle fermé. En utilisant l'énergie du temps restant, je peux incrémenter un retour sans fin et ...
    >>> Ca nous tirerait d'affaire ?
    >>> En un sens oui, ça serait une éternité de très bonne qualité. Aucune perte de temps.
    >>> Pas le choix, je suis à court. Je prends.
    >>> C'est noté...on se revoit tout à l'heure alors.
    >>> Comment ??
    >>> Mort ou Folie, il faut choisir. Terminé.
    Plip Connexion Perdue.

    Rendez vous Page 1

    Page 1

    There is no knowledge that is no power

     

    - Et en argien ça donne quoi ?

    Tampo s'avance en cliquetant au milieu de ses colifichets d'ossements. Déchiffrant la stèle à voix haute, il conclue sa traduction d'un beau crachat noirâtre sur les pierres rouges.

    - "Bienvenue dans le royaume de la Mort."

    - Chiottes du mercredi ! Ca craint.

     

    Tanne-cuir est inquiet...ce n'est pas commun. Brigane lui retourne un regard appuyé sans autre commentaire. A leurs pieds, un sol écarlate s'étire comme une croûte de sang dans quatre directions. Le vent charrie un certain nombre d'odeurs qu'il ne vaut mieux pas chercher à identifier. Plus haut, le mouvement céleste se poursuit, diffusant un panel kaléidoscopique de couleurs criardes.

     

    - Capitaine ?

    - On se bouge, le ciel vire encore au violet, grommelle Brigane.

     

    Après la stèle poussiéreuse, le chemin s'enfile dans une étroite piste sablonneuse. Sur le coté, quelques vestiges de statues anciennes dépeignent des scènes étranges où des corps difformes se mélangent et s'assemblent pour engendrer d'autres monstruosités. En soit ce n'est ni répugnant ni effrayant...c'est juste moche.  On sent pourtant que le sculpteur a transpiré à chaudes gouttes pour tenter de leur donner un tour inquiétant. Faut être marbré. Tampo se fend d'un rire pervers en détaillant un accouplement particulièrement grotesque. Le vieux sorcier fait un mouvement obscène des hanches avant de filer le train à ses compagnons.

     

    Au détour d'un virage, une paire de gigantesques portes barre la route. Le trio ne manque pas de sourciller en remarquant qu'elles ne sont soutenues par aucune arche ni mur. Les robustes battants sont là. Posés triomphalement dans ce désert rouge au ciel changeant. Si vous décidez de franchir les portes allez à la page 26. Si vous préférez contourner l'obstacle, passez page 47.

     

    - page 26 ?

    - Evidement, on est pas venu là pour contourner. On fonce et on défonce.

     

    Tanne-cuir salue cette déclaration par un rictus sauvage. La perspective d'une baston bien juteuse lui réchauffe sans doute le coeur.

     

    Page 26

     

    Derrière les portes, le paysage continue, stable et immuable. Pourtant, une fois entrouvertes, elles révèlent un intérieur sombre aux relents de charogne...et de fraise des bois. Derrière le perron, une série de vieilles dalles grises propose une petite balade dans une cave voûtée et humide. Pas question d'hésiter, le temps est compté. Les battants grincent et –comme il est de coutume dans ce genre d'endroit- se referment tranquillement sur les talons des trois voyageurs.

     

    - Bordel, il fait plus noir ici que dans le cul d'un troll mutant.

    Si vous décidez d'allumer une torche, allez page 3. Si vous préférez activer un sortilège, direction page 81.

     

    - Tampo. Lumière !

    Page 81

     

    Le raisin sec édenté qui leur sert de sorcier claque des doigts. Un bruit de pet se fait entendre...suivi d'une lueur verdâtre plutôt faiblarde.

     

    - On peut rien te demander hein.

     

    Brigane se demande si c'était une bonne idée d'emmener ce sac d'os. Pourtant, la consigne était formelle, sans un adepte des arts noirs, ils n'auront aucune chance de récupérer le sablier du machin-truc. Pas moyen de se rappeler le nom.

     

    L'éclairage douteux de Tampo révèle un couloir tortueux qui se perd dans l'obscurité. Un peu plus loin, un inévitable embranchement se profile dans les contours spectraux de la lueur qui émane du sorcier. Si vous décidez de descendre les escaliers sur la droite, rendez-vous page 33, si vous êtes équipés du manuel de théocratie sulfureuse, entonnez le rituel et allez page 13.

     

    - Hein ? C'est quoi cette merde. On a raté quelque chose ... capitaine ?

    - Du calme, du calme. C'est un leurre à la con. On continue par la gauche.

    - Mais on ne peut pas...

    - On s'en fou putain, qu'est ce que t'as à être frileux Tanne-cuir ?

     

    Page 43

     

    - Tu vois fallais pas s'affoler.

    - Heu...on est où là ?

     

    Le groupe s'immobilise dans ce qui semble être une grande salle. Du moins, c'est ce qu'on peut déduire dans les limites de l'aura du sorcier. A leurs cotés, l'éclaireur Harga palpe le sol de sa main experte.

     

    - Qui ça ?

     

    Harga se retourne avec un large sourire. Son regard de braise se coule –contemplatif mais un brin concupiscent- le long des reliefs avantageux d'attributs typiquement féminins. Douces courbures mises en valeur par l'entrelacement de lanières de cuir qui harnache la jeune fille.

     

    - Capitaine. Je n'avais pas encore remarqué que vous étiez une femme...

    - Olà ! Tampo bordel !

     

    Trop tard, Tanne Cuir fait déjà voltiger sa lourde massue. Harga esquive d'un bond et envoie son pied dans les gencives du colosse. D'un geste souple, il dégaine sa lame courte et se plie en deux. La masse cerclée de fer cogne brutalement contre les pierres, soulevant des éclats de roche qui s'éparpillent dans les airs. L'éclaireur, plus agile et plus souple parvient à éviter l'attaque barbaresque et saute en avant sous la garde du géant.

     

    - Vas- y étripe le ! Attrape le pour le vider !

     

    Difficile de savoir qui a crié avec cette voix de jeune pucelle...Néanmoins l'encouragement produit son petit effet. Le jeune rouquin replie son avant bras devant lui. Son regard farouche brille d'un éclat flamboyant. D'un coup sec, sa main armée file dans un mouvement remontant de bas en haut. Le métal iridescent larde les protections de cuir et s'enfonce goulûment dans le bide du colosse. Tanne-Cuir lâche un hoquet et vomit un sang noir et épais. Sa langue jaillit comme un poisson mort lorsque son adversaire fouille ses entrailles avec sa dague ensorcelée. Le sang file en geyser abondant et putride. Couvert de cette substance répugnante, Harga met un genou terre et incline la tête, un bras devant lui et l'autre dans le dos.

     

    - Yes My Master !

    - Harga...

     

    Brigane place ses mains de chaque coté du visage du jeune éclaireur pour le relever. Son coeur bat plus fort et elle se sent étrangement réceptive à sa virilité juvénile. Sans doute le sang qui macule ses vêtements ajoute-il un certain charme sauvage. Si vous décidez de lui rouler une pelle, allez page 33, sinon, tournez la page.

     

    Relevant la visière de son casque, la jeune femme dévoile sa dentition parfaite dans un sourire enjôleur. Ses lèvres se rapprochent...

     

    - Attendez capitaine. C'est un piège.

    Tampo s'interpose entre les deux tourtereaux. Ses doigts osseux agrippent l'épaule cuirassée de son supérieur.

    - Quoi ?

    - La page 33...on l'a déjà eu plus haut.

    - Merde t'as raison. Quelqu'un essaie de nous ramener dans le fil du récit.

    - Il y a probablement un Naran Arteur à l'oeuvre ici. Gardons les yeux ouverts et la poudre bien au sec.

     

    Ce n'est pas très malin de la part du sorcier de prononcer à voix haute le nom d'une créature aussi puissante. Le groupe n'a pas fait cinq pas qu'un bruit ondoyant se fait entendre.

     

    - Merde ! Eclipse la nuit et cogne le ruban des étoiles. Cinq pointes se dressent et retournent dans la main qui les a guidé. Entonne...

     

    Mais les invocations du sorcier restent sans effet. Le vieillard s'échine en vain à en suer des larmes de sang. Déjà, son coeur commence à se ratatiner sous l'effet des forces qu'il tente de contraindre inutilement.

     

    - Tu mens !

     

    Le sol se met à trembler, jetant à terre les trois compagnons. La vieille pomme ridée du sorcier se convulse sous l'effort. Les aiguilles de son costume ne sont plus aussi fringantes qu'avant et ses tatouages se mettent à couler comme s'ils étaient fait d'une encre bon marché.

     

    - Qu'est ce qu'il se passe putain ?

    - Un Naran ! Un Naran !

    - Je ne comprends pas...

     

    Ce qui est bien le but d'ailleurs

    - Il veut me sortir...attention je vais...

     

    N'y compte même pas pauvre niais. Je suis ton créateur, tu ne peux rien contre moi.

    - Je vais prendre le contrôle de cette histoire de fou.

     

    Amusant...et comment comptes-tu t'y prendre ? Il me suffit de claquer des doigts pour te briser la colonne vertébrale. Tu es mon personnage et je suis ton dieu, ton âme et ton souffle. Je suis chacune des gouttes de sang qui parcourent tes veines. Je suis aussi la langue avec laquelle tu tentes de me défier. Regarde...

     

    - Tsugino-Maye

     

    Alors on a du mal à parler ? Tiens...attrape çà, j'ai une ligne de narration spéciale pour toi. Le vieux sorcier se raidit soudainement. Quelque chose vient de s'insinuer en lui. Comme un grouillement frénétique qui lui remonte le long des tripes. Une légions de fourmis voraces lui serait-elle entrée par le cul ? La douleur explose derrière ses prunelles.

     

    - ... mais il s'en ... remet aussi soudainement.

     

    QUOI ! C'est pitoyable. Aucun sens de la métrique, aucun style. C'est nul ! Tu ne vas pas t'en tirer comme ça.

     

    - Pourtant, aussi impossible que ce soit, le duel bascule. Plus assuré, Tampo se loge dans les coulisses du marionnettiste et attrape les fils. Mobilisant toutes ses forces, il boucle ses poings et muselle la voix de Naran pour imposer la sienne à la place.

     

    ...grumph. Mais son cerveau explosa d'un coup sans autres fioritures qu'un jet de lumière s'évaporant dans le néant et quelques projections de matière grise sur les cotés.

     

    [img]http://www.magiccorporation.com/scan/8th_edition/mind_rot.jpg[/img]

     

    Navrant d'en arriver là...mais c'est fait. Retournons à la page 33 où il se passe quelque chose.

     

    Page 33

     

    Désormais livrés à eux même dans ce piège labyrinthique Harga et Brigane arpentent un tapis de mousse aux reflets incertains. La lumière de la pièce leur donne l'impression d'être filtrée par une grande quantité d'eau...comme un fond sous-marin. Les faibles bruissements de l'air contribuent à rafraichir agréablement l'atmosphère.

     

    Au fond, une nouvelle porte. Pour l'ouvrir, allez à la page 666.

     

    - 666...Ca ne me dit rien qui vaille.

    - Pas le choix. On y va, vaille que vaille.

     

    Avant de s'embarquer là dedans, Brigane dégaine son sabre psionique et enclenche une cellule de plasma dans la crosse. Hagra ouvre un oeil rond.

     

    - Uh ?

    - T'occupe, ca existe pas encore. Cadeau du Naran pour compenser la perte de Tampo.

     

    Page 666

     

    Elle est là, intemporelle et audacieuse. Un visage féminin d'une perfection inhumaine enchassé sur un support métallique duquel partent des faisceaux de cables électriques qui s'enfuient dans l'obscurité. Hagra tapote son épaulière pour raviver sa torche. L'ampoule grésille faiblement avant de projetter une lumière vive sur la scène.

     

    - Tu vois, toi aussi...

    - Ah oui tiens.

     

    La déesse mécanique contemple les deux nouveaux venus sans rien dire. Son masque lisse ne s'anime qu'au niveau des fentes occulaires pour réveler l'éclat glacé d'occulaires numériques. Silencieuse sans sourcils, la machine observe, analyse et compulse ses données. Seul le faible grésillement des cervo-moteurs témoigne de son activité.

     

    Brigane s'agenouille et abaisse sa visière pour engager les données de matrice. Des colonnes de chiffres glissent devant son regard clair. Du bout de ses doigts meurtris, elle soulève un capot au pied de la machine et se met à pianotter sur une console.

     

    - Hagra, branche toi sur les auxiliaires.

    - C'est quoi ? L'éclaireur est toujours bouche bée. Sa lumière est toujours braquée sur ce visage sans expression. En dessous, une inscription pour le moins obscure lui révèle ce qui est sans doute le nom de l'assemblage : F4-UCH-3US3

     

    - Pas quoi mais qui. C'est quelqu'un.

    - Et...

     

    Brigane se redresse souplement et pose une main tendre sur la joue de son compagnon. Elle lui sert un de ses plus charmants sourire avant de se remettre au travail. Le jeune homme se gratte la nuque avec incertitude. Il se sent un peu dépassé là. Quelque chose de menaçant émane de la construction qui leur fait face. Pivotant, il balaye les alentours pour tenter de comprendre. Il ne tarde pas a repèrer la série de lames articulées qui lui renvoient des reflets tranchants. Qui que ce soit, la F4-UCH-3US3 sait se défendre.

     

    - J'ai la fréquence. Bouge toi !

     

    Hargan sursaute et attrape une bride de connexion et la boucle sur sa broche d'avant bras. Dans sa hâte, il en oublie d'activer son pare-feu. Le hurlement strident qu'il pousse arrache Brigane à sa tâche. Trop tard pour réagir, un parasite est déjà à l'oeuvre, grignotant par petites bouchées tranquilles le cerveau du jeune pisteur. Impuissante, Brigane se mord les lèvres pour ne pas crier. Elle ne peut qu'assister à la dégradation de son compagnon. Heureusement, le processus est rapide. Un liquide bleuté s'écoule de sa bouche, de son nez et de ses yeux révulsés. Puis dans un grand frisson, il s'affale au sol, secoué par une série d'éclairs crépitants. Sa carte mère est grillée...c'est fini pour lui.

     

    Brigane se reprend en musellant la petite voix qui la conjure de prendre ses jambes à son cou. Elle ouvre légèrement le col de sa combinaison. Tous ces morts si soudains...cette atmosphère si changeante...elle commence à perdre pied mais s'aggripe à sa mission. Du pouce, elle enclenche les micros de son casque. Les données s'injectent.

     

    >>> Ici le capitaine astro-spacial Brigane Cendrecoeur. En mission sur Pyro IV. Je requiert une connexion avec un pontife de la Mort.

    >>> Je suis un module d'extension de la Faucheuse, je vous reçoit parfaitement capitaine. Que puis-je faire pour vous ?

    >>> Bon sang pour venir vous voir il faut être persévérant. Ce monde n'est qu'un vaste délire.

    >>> On n'accuse pas le miroir de reflèter ses pensées. Que puis-je faire pour vous ?

    >>> Je suis ici pour arrêter le temps.

    >>> Précisez votre requête.

    >>> L'apocalypse s'annonce. Je dois récupèrer le Sablier de la Mort (ah oui voilà...c'était poutant simple à retenir) pour tout arrêter. En figeant l'instant. Comme ça nous vivrons dans la dernière seconde pour l'éternité.

    >>> L'éternité... c'est plutôt long.

    >>> Je n'aurais jamais pensé trouver un gramme de sens de l'humour dans une foutue machine dévolue à la moisson des âmes.

    >>> On y trouve ce qu'on y apporte.

    >>> Bon, je n'ai pas de temps à perdre, il doit en rester à peine cinq minutes.

    >>> Je vois. Quoiqu'il en soit, le Sablier n'est pas disponible en ce moment. Mais peut-être préféreriez vous un autre article.

    >>> Et merde !

    >>> Je peux vous proposer de boucler les dernières minutes pour en faire un cycle fermé. En utilisant l'energie du temps restant, je peux incrémenter un retour sans fin et ...

    >>> Ca nous tirerait d'affaire ?

    >>> En un sens oui, ça serait une éternité de très bonne qualité. Aucune perte de temps.

    >>> Pas le choix, je suis à court. Je prends.

    >>> C'est noté...on se revoie tout à l'heure alors.

    >>> Comment ??

    >>> Mort ou Folie, il faut choisir. Terminé.

     

    Plip Connexion Perdue.

     

    Rendez vous Page 1


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  • Nom humain :
    Tristan Evornet

    Age ou date de naissance :
    2003

    Lieu de naissance :
    Sur un banc fait de lattes en bois, au mauvais milieu de blouses sales, tout près, beaucoup trop près du réacteur nucléaire de la centrale

    Personnalité, caractère (qualités et défauts) :
    Syncope sans anicroche qui contre le temps. Trevor arpente le grand échiquier de la vie au rythme de la danse qui lui martèle les tympans.
    Petits pas frottés, claquements de doigts, balancements des hanches, il bondit d'une case à l'autre en suivant ses impulsions. Perturbateur de la grande Partie, refusant le modeste rôle du pion, il s'est de lui même accordé le pouvoir de changer les règles pour les autres.
    A l'occasion, il n'hésite pas à croquer un morceau du damier pour mieux se délecter des coups du destin. Mordre à pleine dents dans un fou juteux pour sentir sur la langue la saveur salée de ses larmes. Désarçonner le cavalier pour s'emparer de sa monture et aller ravir la reine du bal. Trevor appartient à cette espèce d'individus dont la seule passion réside dans le plaisir de risquer le tout pour le rien.

    Insouciant par nature, hâbleur par caprice, méchant par opportunisme, il cueille le jour et la nuit en emportant les racines. Délicat bouquet floral que sont pour lui nos hésitations et nos erreurs ! Une plainte résonne au fond d'une cave ? Il la transcrit sur une partition en clé de sous-sol. S'il perçoit une peine de coeur, il l'épingle à sa boutonnière pour en humer la senteur. Il n'y a pas d'heure pour savourer le malheur !

    Tricheur, menteur, tueur, s'il passe son tour, c'est pour mieux le jouer sur une valse macabre. Irrévérencieux, intolérable capricieux, il barbote la barbe de l'abbé pour éberluer les bambins.
    Buveur de sang, croqueur de songe, il se moque de tout et surtout, envers et contre tout et par dessus tout des conséquences. Il tue le matin pour un chagrin, il tue le soir pour une baignoire. Il capture votre vie au fond d'une bière mousseuse mais peut tout aussi bien inviter la faucheuse dans votre lit à minuit. S'il ne ravit pas votre coeur par un as de pique ou un double six, il l'arrachera dans l'odeur de la poudre et du vent. Mais s'il se pique d'aimer la mort artistique, n'allez pas le confondre avec quelque sadique.

    La Veuve Clicquot rit, la Veuve Noire sourit. Bel effort, mais leurs rictus pitoyables n'égalent pas le sempiternel air crâne de Trevor.


    Histoire :
    D'emblée marqué par le sort, Trevor est né avec la mort pour marraine. La scène en elle même mérite le détour, tout le monde ne peut pas se vanter d'avoir poussé son premier cri dans le vestiaire miteux d'une centrale nucléaire. Bienvenu dans le 21ième siècle petit ! En entrée, laissez moi vous tenter avec ce petit canapé radioactif...à moins que vous ne préfèreriez boire cette coupe fluorescente jusqu'à la lie ?
    Bon appétit ! Haaaa, l'ivresse de la jeunesse...l'organisme du nouveau né est comme une petite boule d'argile fraîche. Telles des fées nucléaires, les Gigabecquerels se bousculent au dessus du berceau pour offrir leur bénédiction. Poigne de fer dans un gant de crin, leurs doigts gourds ont tôt fait de laisser leur marque et la pâte à modeler de Tristan s'en trouve irrémédiablement altérée. Comme s'il l'on avait donné un solide coup de poing dans un miroir.

    De cette entrée en scène, le jeune Evornet gardera une constitution fragile, un esprit dérangé et des cheveux d'une étrange teinte bleue. Un bleu qui s'avère changeant au gré de ses humeurs, pouvant même devenir iridescents lors de ses grands moments. Plutôt difficile pour draguer, mais en tout cas un sacré souvenir à raconter au copains !

    Mais de copains il n'en a pas. En fait, son esprit en mosaïque lui fait formuler des phrases fragmentaires. Difficile de se faire comprendre lorsque les mots se télescopent en tous sens. A six ans, il s'exprime comme un vétéran de la bouteille, mâchonnant des bouts de phrase comme des chewing-gums amers. L'histoire pourrait s'arrêter là, un incompris de plus, pas de quoi en faire tout un plat.
    Mais ce serait sans compter sur la malédiction qui flambe dans ses veines. Un démon gracile dont le sourire pervers effarouche l'aiguille du compteur Geiger. Et pataclan, à huit ans, Tristan devient le héros de sa propre tragédie. Pas d'Iseult pour lui donner la réplique, mais juste une saleté qui lui ronge le sang. Peu à peu, ses globules rouges s'effilochent, prennent des formes variées, allant de la faucille communiste à l'étoile capitaliste. Les médecins sont en rade face à cette variante farfelue de drépanocytose. Quoiqu'il en soit, il ne lui donnent pas plus de deux ans à vivre, deux ans pour étudier ce cas unique...qu'en dites vous ?

    Réaction humaine ben compréhensible, les parents Evornet décident de confier leur rejeton au centre de recherche des maladies rares et dégoûtantes. Bon débarras. Néo-Jared dans une atmosphère aseptisée, cheveux caméléons (du moins sur un fond azur), Tristan commence à comprendre comment fonctionne la vie : par coups bas. Cela dit il ne le vit pas mal. Les hommes en blouses sont gentils et ne lui demandent que des prises de sang quotidiennes. Pour le reste, pas la peine de se fatiguer à éduquer ce cadavre en sursis dont la peau devient de plus en plus pâle. Le gamin taciturne passe donc ses journées sur son PC, ou plutôt ses PC.

    Il rencontre alors l'amour de sa vie : le virtuel. Le virtuel. Fabuleuse matrice qui lui propose d'être ce qu'il veut et de rencontrer qui il le souhaite. Il se passionne peu à peu pour cette forme de communication à grande échelle qu'est Internet. MMORPG, Doom-like, jeux de stratégie ou de combat, il devient grand maître ès jeux vidéos. Main droite, il affronte sept joueurs à Starcraft II, main gauche, il dirige son elfe de sang dans les plaines d'Azeroth et au milieu, pour passer les moments mous de la partie, il envoie son petit vampire faire des raids sur Bitefight v109.45. Sur le net, il est le général absolu, le mythe du joueur invincible qui joue et gagne sans multi-premium. Il s'éclate en attendant que le sablier finisse d'égrainer la poignée de sable qui lui est dévolue.

    Puis une nuit, parmis neuf fenêtres de chat IRC et un petit Half Life III en réseau, voilà qu'un HL impromptu lui fait détourner les yeux vers son écran n°6. Un message énigmatique d'un inconnu qui lui propose de le rencontrer. Rencontrer ? en vrai ? Depuis deux ans d'existence au centre, Tristan n'a jamais eu de vrai contact humain (les chercheurs qui font des expériences sur un jeune garçon peuvent difficilement entrer dans cette catégorie). Pour lui, Irèle est un nom étrange qui sonne creux. Sa vie, il la grave d'un V qui veut dire Virtuel.

    Merde

    Bon, les chercheurs ne lui donnant plus que quelques mois à vivre, qu'est ce que cela peut bien faire...il accepte à condition que l'inconnu vienne lui même le trouver. Son tonus musculaire lui permet tout juste de franchir le couloir qui sépare son espace de vie du laboratoire d'analyse, alors sortir ... Et puis la règle n°1 de la stratégie : attirer son adversaire sur son terrain.
    Contrairement à ce qu'il pensait, sa requête ne pose pas de problème pour cet inconnu.

    Une rencontre fascinante à l'issue de laquelle il récupère une gourde et un nouveau regard sur la vie...et la mort. Il est temps de faire quelque chose.

    6 ans plus tard. Tiens, il est pas mort lui ? Et non, non seulement il vit, mais en plus il a faussé compagnie à sa blanche famille. Sa crinière cobalt flottant au vent, il s'engage d'un pas décidé sur la route qu'il veut lui même se tracer....à 14 ans. Déjà cynique et amer, il a décidé que la vie n'est qu'un jeu stupide dont on peut adapter les règles. Comme il n'y a pas d'intérêt à jouer sans prendre de risque, il s'engage sur la voie amusante de la criminalité. Au début, un peu de trafic, mais rien de très palpitant...en fait il se lasse assez vite de cette bande de dealers à la petite semaines qui transpirent dès qu'il voient un uniforme au coin de la rue. Après une nouvelle discussion avec l'Inconnu du web, Tristan se lance dans le grand échiquier. Un seul joueur : lui même, une seule mise : la vie.
    Reste à le faire savoir au monde de manière discrète.

    Règle n°23 de la stratégie : pour être discret : se faire remarquer.

    Un petit CV bien fichu, une annonce banale et voilà que le jeune Evronet, le rat de laboratoire, le mutant bleu se retrouve à la tête de sa propre micro entreprise. Le service proposé est simple et explicite de même que son adresse web : Je tue des gens pour vous, w w w. xxx-meurtre-patron-amant-tuer. com
    Quelques mots clés pour être facilement trouvable sur le net. Un site qui passe pour une vaste blague mais qui propose pourtant un vrai contact : Trevor.

    Incroyable ce que les affaires peuvent être florissantes. En quelques temps Trevor apprend qu'il n'existe pas de règle pour tuer. Ce n'est ni facile, ni difficile, c'est infiniment varié. Passionnant quoi ! L'homme peut tout à la fois se montrer d'une fragilité extrême et mourir bêtement en trébuchant dans la rue, ou tout au contraire résister de manière inattendue à une balle dans la tête.
    Poisons, champignons, explosions, tant de méthodes disponibles...
    Lames, balles, pétales, aucune n'est adaptée à toutes les situations...
    Cachets, barillet, trébuchet, toutes peuvent fonctionner ou rater...
    Morsure, coupure, brûlure, rien n'est sûr...
    Hémorragie, maladie, anoxie, la prise de risque est totale...

    Un véritable défi pour le stratège du net !

    Avec le temps, Trevor apprend à soigner son style. Il apprécie particulièrement de laisser choisir le hasard pour lui. Une manière d'apprendre à s'adapter continuellement à l'inconnu. Pour choisir l'arme, la méthode et le style, il fait rouler trois dés. Si c'est un triple 6, le 666, vous avez le droit à la formule spéciale. L'éviscération à l'aiguille à tricoter dans un entrepôt à minuit n'en constitue que le prologue.
    Il se balade continuellement avec ses dés en ivoire et aime à les faire rouler devant sa proie (parfois il laisse même la victime le faire).

    Jamais naïf mais toujours insouciant, il s'amuse par ennui. Mais il s'amuse quand même. Le bleu est la couleur royale ! Inclinez vous pauvres brebis, le filleul de la Dame est parmi vous. Il vous fera voir son sourire et vous emmènera respirer le parfum de son jardin d'épines.

    A chacun des mouvements de Trevor, un pion sort de l'échiquier à coup de cravache. Tout ça pour quoi ? Ne cherchez pas, la grande partie qu'il joue n'est compréhensible que par lui même. Lui seul connaît son objectif final. Peut-être le révèlera t-il à quelqu'un...juste avant de le faire passer de vie à trépas.

    Voulez vous savoir ?

    Son petit secret avec un petit s comme suicide...
    Trevor brûle de tuer son mentor secret. Lui. L'inconnu du net...ce vampire nyctalope qui lui offre de temps à autre une gorgée de son sang pour l'aider à combattre sa maladie.

    Le tuer pour mettre un terme à sa propre existence. Sans le sang du saigneur, le démon radioactif dans ses veines achèvera son oeuvre...et la partie sera terminée. Et alors ?
    Trevor veut mourir de cette manière là et uniquement de celle-ci.
    L'arme : son propre sang
    La méthode : une lente dégradation des cellules...plutôt artistique même si c'est invisible.
    Le style : avec panache ! un décors, un public et une prise de risque insensée.

    Avoir la possibilité de définir sa mort de cette façon n'est pas donné à tout le monde. Il faut que ça soit classe. Trevor consacre toute son énergie à se préparer à ce grand moment, ce qui mine de rien lui prend quelques années. Se suicider en tuant...quelle délicieuse ironie ! Une dernière carte à jouer avant de tirer sa révérence.



    Mais bien sûr, les choses ne se sont pas déroulées comme prévu...

    Ce qui avait commencé par une soirée au théâtre s'est achevé par un bal sanglant. Pour le commun des gens, beaucoup de cris et de confusion. Une bousculade frénétique vers la sortie et quelques mémés écrasées sous des pas trépidants de terreur.
    Mais le coeur de l'action, lui, a été ignoré par la plupart. Ce qui est dommage car ça vaut le coup d'oeil, à condition d'être sûr de pouvoir garder ledit oeil fermement enchâssé dans son orbite à l'issue du spectacle. Peut-être qu'en étant bien planqué dans une loge on pourrait risquer le coup...Voyons ça.

    En contrebas, des programmes éparpillés et divers accessoires de modes abandonnés. Un futur cadavre gémit en travers de l'allée principale qui va de la sortie à la fosse.
    Juste au dessus de cette dernière, sur l'estrade, enlacés dans une étreinte ambiguë, souffle contre souffle. Il sont là. Un dé en ivoire à roulé dans un coin, un revolver fumant gît de l'autre coté. Là, au centre. Costumes froissés, tignasses emmêlées, gestes compulsifs. Et du sang...une large flaque visqueuse et vermillonne qui colore peu à peu la scène. Le liquide épais ruisselle le long des planches de bois, goutte au sous sol et baigne la moquette du théâtre. Nul doute que la prochaine représentation devra soit se faire dans un registre inédit, soit attendre un peu.

    Des ongles raclent le sol, le talon d'une chaussure cogne. Le vampire et son apprenti s'entretuent. Le mentor et son élève.

    Les muscles se crispent. Un râle final s'échappe du duo. Plus exsangue que jamais, couvert de sang, les cheveux flamboyants d'un éclat bleu vif, Trevor se redresse avec la tête de son mentor à bout de bras. Hamlet haletant, il lâche une phrase muette sur un ton académique :
    "Quelque soit la créature...toutes ont le même point faible. Ce triple canal par lequel passe le réseau sanguin, nerveux et respiratoire. On peut généralement tuer quelqu'un en sectionnant l'un de trois. Les méthodes à employer dans ces cas là sont la strangulation, le coup du lapin ou l'égorgement. Cependant, il est notoirement reconnu que la manière la plus efficace de procéder reste d'en trancher la totalité."

    Le meurtre est un succès. Eclaboussant et pimpant à souhait. Mais il y a un problème...et de taille. Trevor va mourir. Il va mourir mais pas comme il le souhaite. Ses blessures le vident de son sang et sa sangsue de maître a profité de leur corps à corps pour le pomper. Pas question. Ce n'est pas ça son histoire. Sans réfléchir plus loin, le jeune homme se penche pour récupérer son sang. Son arme ! Celle qui doit l'achever ! Il boit....
    Il boit. De boire il lui prend une jubilation orgasmique. Sympa, mais ça non plus ce n'était pas inscrit au scénario.

    Maintenant, Trevor ne peut plus mourir...enfin pas comme ça. Lui qui, depuis l'enfance boit du sang de vampire pour survivre, il doit à présent se nourrir chez les humains. Une ironie dont il ne cesse d'apprécier le sel. Ce retournement de situation est finalement beaucoup plus amusant. Son sang contaminé par la maladie ne peut plus rien contre lui...par contre, il contamine systématiquement ses victimes. Les tuer pendant l'office vampirique est une forme de charité. Trevor ne laisse que rarement repartir ses proies, les sachant dès lors condamnées à mourir de cette étrange maladie.
    Il semblerait qu'il ait encore du chemin à parcourir, et la compagnie des mortels est tellement divertissante.

    Quand bleu est la couleur de l'électricité, agir selon ses impulsions devient une seconde nature. Trevor se prend au jeu de l'immortalité de bonne grâce. Puisqu'il semble avoir gagné la partie contre la mort, autant continuer en faisant monter les enchères. Une revanche ? propose t-il à sa marraine avec un grand sourire malade sur un fond orchestré par Trent Reznor.
    Désormais le terrain de jeu s'élargit et englobe tout le monde. Ne cherchez pas à en comprendre les règles, vous n'êtes que des pions en forme de quille sur le bowling à damier de Trevor.

    Un petit tour du coté de la mafia pour décalquer la pieuvre dans son livre d'image. Belle aventure de laquelle il retire une nouvelle passion pour le poker et un goût pour les complots. Un paquet de carte vient rejoindre les dés et la fiole de sang de son mentor dans sa poche. Tiens la fiole ? il l'a toujours alors qu'il n'en a plus besoin. Cette précieuse gourde qui constituait à l'époque son unique remède. Qu'a cela ne tienne, dans un accès de mièvrerie, il fait monter les dernières gouttes de ce nectar dans un écrin de verre en forme de dame. La pièce maîtresse de l'échiquier, sa marraine. Qui de mieux placé pour garder se souvenir ?

    Le passé dans la poche, le futur sous sa botte, Trevor trifouille, Trevor joue, mais ne recule jamais.


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  • La question a fait plusieurs fois le tour de la table. Elle a butiné quelques lèvres, fait gargouiller quelques estomacs et crisser quelques molaires mais globalement tout le monde était du même avis.
    Des chaises ont raclé sur le sol poussiéreux, des gorges ont toussé. Un index malhabile s'est écrasé sur un appel d'ascenseur. Il y a eu quelques piétinements.

    La séance s'est close quand il n'y a plus eu assez de participants.

    En fait il en restait deux. Ils se sont dévisagés un instants, plutôt gênés, comme les témoins d'un accident bête où l'on n'ose pas comparer sa vision avec celle de son voisin de peur de passer pour un idiot.

    Finalement, elle ose rompre le silence cotonneux.
    - C'est vraiment fini ?
    Il se pose la même question mais décide d'y répondre quand même
    - Je crois bien…
    - Oh. C'est bien.
    - Peut-être…

    Elle s'adosse à une fenêtre concave, parcourant les sièges vides du regard. Elle se met à penser.

     …A son époque débridée où chaussée de sandales bon marché, elle trottinait sur des sentiers mal tracés.  Qu'importait la raison tant qu'il y avait des sensations ? Cheveux au vent, grains de pollens pris dans ses cils emperlés de larmes. Feuille sessile qui ne sentait pas d'attache ni de racine.

    Il ramasse ses feuilles. Par habitude.  Parce qu'il n'y a pas grand-chose d'autre à faire. Il se sent vaguement déprimé. Sans doute un appel de vide…comme après un long saut en hyperespace. Délaissant ses papiers un instant, il pose son menton sur sa paume sèche et se prend à rêvasser.

    …A ses épopées électroniques. Véritables orgasmes informatiques générés par les matrices de saut. Toutes ces fréquences frénétiques qui nimbaient son cerveau d'ondes toujours plus lancinantes. Ces longues distances qui lui faisaient tutoyer les étoiles et vouvoyer toutes les femmes. La conquête de l'immensité contre l'immensité de ses conquêtes…ratées.


    Une cigarette apparaît entre ses doigts. Elle se tourne vers le dernier homme pour lui en proposer. Il ne remarque pas son invitation. Il a l'air ailleurs. Un soupir s'échappe de ses lèvres.  Courant d'air venant du dedans. Sylphide désincarnée avant même de s'envoler, alourdie par l'amertume.

    Il y avait eu le monotone et le quotidien. La morosité acceptable d'une réalité trop figée. La nécessité intestinale d'une existence matérialiste. Les herbes rasées au couperet, les graphiques dessinés à la règle. Il fallait bien en vivre. Et quand sa main se refermait une fois de plus sur une canette, elle accusait le hasard ou la chance. Selon les espérances de l'instant.

    Relevant la tête, il remarque qu'elle s'est mise à fumer. Etrange jeune fille au regard si rêveur. Pour sa part, il crèverait pour une lampée d'alcool. Il sait bien que l'éthanol n'est pas le bon transport. La molécule extatique réside dans  le fluide robotique.

    Il y avait eu les guerres et ses boucleurs fous. Les tentatives vaines, les espoirs mort-nés. Toute une cohorte d'illuminés chevauchant des dragons de métal. Des jets acides vomis par les bouches déformées d'onduleurs différentiels. Les cris, les agonies. C'était une belle époque. Et quand ses doigts pressaient à nouveau la gâchette, il accusait la malchance ou le destin. Selon les turpitudes du moment.

    Une dernière bouffée et un mégot de plus dans le cendrier. Son regard tombe sur un des documents de la réunion. A peine quelques lignes. Même pas de quoi remplir un post-it. Et pourtant certains avaient amené des liasses de papiers. Comme lui. Pourquoi n'avait-il pas plus parlé ? Tout ceci n'était-il que lettres mortes ? Mortes comme la lumière…

    Aux gorgées enfumées s'étaient succédées les nuits blanches. Les yeux cernés de noirs, elle cherchait ce carré de soleil que lui offrait jadis sa jolie fenêtre. Ses mains traçaient des cercles sans substance sur le parquet éraflé par ses ongles ébréchés. Souvent, elle basculait la tête….


    Des étoiles filantes il était passé aux coursives enténébrantes. On lui avait coupé le chiquet en même temps que sa connexion matricielle. Plus d'énergie à ce qu'ils disaient. Pourtant il gardait espoir que ce n'était pas la fin. Et souvent, il regardait le ciel…

    Elle criait
    Il murmurait

    … Nous étions faits pour nous élever dans la lumière solaire.


    Il tourne la tête. Elle relève le menton. Sur son badge, il lit son nom. Elle fait de même. Ils se rapprochent. C'est un des derniers regards humain. La mécanique de l'avenir plongeant ses yeux empiriques dans les iris florissantes de l'arborescence du passé. D'un geste ironique, il tapote le libellé des papiers sur la table. "Commission pour la Sauvegarde de la Terre Mère". Même pas un débat. L'idée a été abandonnée avant même le début des présentations.

    - Et bien je crois qu'il ne nous reste plus qu'à partir…
    - Oui.
    - J'ai été ravi de vous rencontrer mademoiselle Trine.
    - Appelez moi Eve. J'ai été également enchantée, Adam.
    - La fin du monde est prévue pour dans combien de temps déjà ?
    - Deux heures.
    - Bon, il ne reste pas beaucoup de temps pour mettre de l'ordre dans tout ça.
    - Non.
    - Bien.
    - Hm.
    - …
    - ?
    - Au revoir dans ce cas.
    - Je ne crois pas à l'au-delà.

    Il répond par un rire nerveux, sans profondeur et tourne les talons. Elle soupire encore, frustrée sans trop savoir pourquoi. Il le sent, elle le ressent, ils passent à coté de quelque chose. Et pourtant ils se quittent, ayant chacun l'idée d'aller  chercher un peu de réconfort artificiel ailleurs.

    Encore une occasion manquée.
    Et pourtant nous étions faits pour nous élever dans la lumière solaire.

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