• Salut à tous ! Voici un article un peu particulier.

    Je me suis lancé récemment sur une nouvelle expérimentation en matière de d'écriture (et donc de lecture, forcément) à partir d'une idée qui me trottait dans la tête depuis plus d'un an.

    Seulement, j'avais peut-être le ferment mais pas le grain à moudre et tout bon buveur de bière sait que sans tous les ingrédients, ça ne risque pas de mousser.

    Considérant alors mon amour déraisonnable des choses de l'apocalypse (ce n'est pas tout le monde qui peut se vanter d'avoir son anniversaire prévu le jour de la mayapocalypse), je me suis tourné vers mon registre favori.

    Et puis je suis retombé sur Canabalt. Ce petit jeu anodin mais doté d'une personnalité et d'un mystère si envoûtants que j'ai été sur le point d'en faire un forum RPG, un roman, un encyclopédie en six tomes et puis finalement… ce concept.

    Alors autant vous le dire tout de suite, pour saisir l'essence de tout ce fatras, il va falloir vous y coller :]

    Dans un premier temps, pour ceux qui ne connaissent pas, je vous invite chaudement à cliquer sur l'image ci-dessous pour profiter de l'expérience Canabaltique et de sa splendide bande son. Ce n'est pas long, enfin, ça dépend de vous en fait.

    J'ai d'ailleurs composé l'intégralité du texte qui suit avec deux uniques morceaux en boucle : la Bo de Canabalt et Downfall de Front Line Assembly. Aux plus curieux, je profite de ce passage pour vous proposer de lire le blog du très astucieux Pierrec qui m'a permis de découvrir cette perle indie.

     

     

    Canal Baltique

      


    Ceci étant fait, nous voilà fins prêts. Encore enrobé de musique et des saccades frénétiques de l'index (alors combien de mètres ?), j'ouvre ma prose.

    Le Canal Baltique est une nouvelle d'un genre particulier. En la lisant, vous découvrirez rapidement le découpage en petites scénettes qui s'achèvent sur deux boutons ; continuer ou revenir ?
    Le jeu Canabalt est ce qu'on appelle un "one button game" car il ne propose qu'une seule commande mais en réalité il y a toujours deux actions : appuyer ou ne pas appuyer. Voilà comment ce mécanisme transparaît ici.

    Mais ce n'est pas sa seule fin. Le bouton "fuir plus loin" parle de lui-même. Mais il y a une amélioration. Car si à un moment vous sentez qu'il y a comme une incohérence dans le récit, alors ce second bouton "revenir" vous permettra de relire un passage où vous auriez peut-être loupé un détail (si si, vous verrez, c'est trompeur).
    Alors n'hésitez pas, la fin de l'histoire n'est peut-être pas là où vous l'attendez :D. D'ailleurs, en fanatique amateur de jeux que je suis, je vous révèle d'emblée qu'en fait il y a trois fins, huk huk huk.

    Sur ce, je n'en dis pas plus et vous souhaite bonne lecture ! (Cliquez sur la flèche ci-dessous).

     

    Canal Baltique

    Ps technique : Afin de garantir une sécurité optimale pendant votre fuite, la Kutei SA vous recommande de ne pas faire usage d'autres commandes que celles mises à votre disposition (à savoir les deux boutons sus mentionnés).

    Par ailleurs, pour plus de clarté, les commentaires sont désactivés sur l'ensemble du parcours, mais libre à vous de vous en donner à cœur joie ici ! Ceci étant encore expérimental, je serai heureux d'avoir des avis ^^.


    11 commentaires
  • Prison de verre aux parois trop lumineuses d'une engourdissante torpeur.
    A l'intérieur, baignée d'un éclat coloré, une paillette animée d'une personnalité codifiée.


    Ça pourrait être le moyen de s'évader. Simplement regarder par la fenêtre et, à force d'exercice méditatif, de trouver la force mentale adéquate. Mais elle sait bien que ça ne marche pas. Elle n'arrive pas à faire le vide dans sa tête. Et puis… elle sent qu'elle n'aimerait pas ça.


    Il y a en elle trop de choses qui pétillent. Se remplir la caboche avec ce soda acidulé qui cascade en permanence du net, c'est nettement plus efficace que de tenter de se purifier l'esprit à l'eau minérale de la méditation contemplative. S'encrasser les neurones dans le sucre, c'est encore le meilleur moyen de ne pas penser à ce qui tranche, ce qui coupe, ce qui est métallique et qui laisse de vilaines cicatrices violacées, boursouflées par le remord avant même d'être gangrenées par la re-mort.


    Parce qu'en plus tout ça recommence. C'est un cycle. Post-mortem – Pré-natal.

    Parfois, cela dit, elle agite une de ses antennes pour se réorienter.

    Se réaxer.

    Réinventer des horizons imaginaires et les peindre,

    par transposition,

    sur son fond d'écran à défaut de pouvoir les contempler par la fenêtre.


    Mais ça ne dure que le temps de la surprise. Petit à petit, la nouveauté acquiert elle aussi le relent graisseux d'un couloir trop visité. Les traces de pas creusent le sentier qui devient boueux à force de passage et très vite, c'est le bourbier. Et à nouveau, elle s'enlise là dedans. Elle s'englue dans le quotidien.

    Triste, elle renifle à titre posthume.

    Maintenant elle soupire. Tout ça va trop loin. Elle rajuste son masque qui lui écrase l'arête du nez. L'air est froid, filtré par un nuage de brume cotonneux. C'est toujours la meilleure heure pour surfer. Comme le disait Willard dans Apocalypse Now, il y a toujours une petite brise le matin. Ses orteils nus jouent distraitement avec d'anonymes gravats de bétons qui roulent sous ses pieds. Elle se concentre. Ses antennes ondulent un bref instant électrique.

    Elle plonge.

    Des images clignotent. Elle se sent sans cesse séduite par ces invitations à peine subtiles. Elle repasse dix fois par les mêmes endroits pour vérifier que rien n'a changé, mais d'un onglet à l'autre, en l'espace de quelques menues minutes, c'est toujours le même décor.

    Et pourtant elle repasse, encore et encore. Son regard s'engourdit à force d'hypnotisme. Elle le pressent. Il arrive. Ce couloir sans fond. Ce corridor qui ne conduit nulle part. Elle sait que la molassonerie progressive qui empoisse ses nerfs de guimauve lourde va fatalement la porter vers ce tunnel. Elle ne peut rien y faire.

    De toute façon, c'est sa dose

    de narcose

    qu'elle est venue chercher.

    Sans même vraiment en avoir conscience.

    C'est là qu'elle oublie le mieux.

    Un oubli d'une qualité infinie. Un étrange neutre en habit gris. Peut-être avec quelques néons stables enracinés sur les murs de béton. Elle respire. Il ne faut pas oublier les mécanismes essentiels. Elle murmure. Elle touche, le long des murs, la fine perlée de buée qui se cristallise en souvenirs glacés. Juste la surface des choses. Il n'y a pas grand-chose de plus à récolter quand on surfe. Elle en cueille au bout des doigts. Elle voudrait la lécher pour en savourer le suc mais elle ne peut pas. Il y a cette fine étendue transparente qui l'empêche de porter son index à ses lèvres. L'écran, impassible spectateur de son apnée.

    L'écran qui coupe.

    L'écran qui sépare.

    L'écran qu'elle ne perçoit plus. De même qu'elle n'a plus conscience de ses bras, ses jambes, la poussière grise sur ses orteils… Elle en oublie de renifler, son masque s'empoisse.

    Elle dévisage maintenant ce qu'il y a de moins intéressant. Les mutants, les liens sans queue ni tête, les discussions difformes. Les créatures grotesques qui paradent dans ce couloir portent les noms de Ragots, Blagues Boueuses ou Spectacles Navrants. Elle les regarde tous.

    Maintenant elle pleure. C'est comme ça, elle ne peut rien y faire. Le massacre doux-amer du quotidien étalé en grandes polices agressives. L'holocauste de ses inspirations au profit de ces quelques haleines nauséabondes.

    Le net pue. C'est pour ça qu'elle porte un masque.

    Mais

    elle ne peut plus le soutenir. Elle s'arrache à sa navigation brutalement, par saccades frénétiques, sans respecter aucun palier de décompression.

     
    Elle pourrait se       faire          éclater les           poumons, elle                 s'en moque.


    Elle pourrait se déchirer la peau,

    dilater ses orbites au point qu'ils gonflent de manière ridicule… ça n'a pas d'importance.


    Elle émerge de sa torpeur complètement hagarde. Désorientée, à la dérive. Une carcasse de plus qui descend le fleuve Nung.


    Plus rien. Plus aucune pensée. Oblitération totale par l'absurde.


    Maintenant elle se sent bien.


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