• l'Hiver de l'Homme : Cogneries

    Neuvième Fragment :

    Les coups pleuvaient. Quintus titubait d'un moine à l'autre, renvoyé par l'un pour mieux atterrir devant les poings métalliques d'un autre. Ses tortionnaires ne se préoccupaient pas de ce que pouvait fabriquer Xylarm (Peut-être était elle partie d'ailleurs…). Cette tâche incombait au deuxième groupe. Foutue discipline !
    Quintus tenta de frapper. Quelqu'un lâcha un rire caverneux. Sa cible lui répondit par un coup de coude et une paire de claques sonores. L'homme repartit en sens inverse. Le rire se répandit comme une traînée de poudre, et bientôt le prisonnier se retrouva malmené au milieu des exclamations et des sifflements. Même s'il est religieux…un soldat reste un soldat. La situation ne devenait pas seulement critique, elle commençait également à être franchement irritante. Bon sang mais qu'est ce qu'elle attend pour créer le fameux effet de surprise qui va nous tirer de là !

    Mais rien ne semblait bouger à l'extérieur du cercle. Difficile à dire. Quintus se recroquevillait peu à peu dans sa douleur. Concentré sur sa survie. Il devait rester lucide et chercher une ouverture. Tout cet acier miroitant lui écorchait la vue. Les coups devenaient de plus en plus sourds, pénétrant jusqu'à la moelle de ses os. Le sang coulait entre ses dents serrées, ruisselait de son nez. Il ne tiendrait plus longtemps…Cette fois il n'y arriverait pas. Alors, viendrait la cellule…puis le Chien. Cet hiver serait le dernier. Son hiver. Son agonie froide.

    Au fond de lui, une étincelle de rage se révolta contre cet abandon tacite. Jamais Quintus ne s'était montré aussi résigné ! Jamais ! Il se redressa d'un bloc et saisit le poing d'un moine entre ses mains. Ah ! Celui-ci il l'avait bloqué ! Il jeta au guerrier un regard haineux où flamboyait une nouvelle force. Le chant du cygne. L'énergie décuplée d'une bête acculée. Le signe d'un champ de possibles ouvert sur une tourmente sauvage.

    Visiblement peu impressionné, le moine se contenta de frapper de son autre main. Quintus fut littéralement propulsé dans les airs et retomba rudement au centre précis du cercle. Là où les traînées de sang convergeaient pour former une sorte d'étoile. Un nœud de force. Dans les tréfonds de son entrailles malmenées, le serpent de feu se redressa, tout frétillant.

    Quintus poussa un long cri à glacer les sangs. Ses yeux virèrent au rouge écarlate. Le rouge appelle le rouge. Bientôt, une rivière pourpre viendrait abreuver ce regard rageur.
    A l'arrière, quelqu'un cria :

    - Attention ! Métamorphose !

    Les moines reculèrent précipitamment et tirèrent leurs armes. Ils levèrent les lames à hauteur du visage pour former une barrière d'acier. Derrière, le chef de la troupe se mit à psalmodier une incantation. Le Diép' Néa était assez long à mettre en œuvre, mais aucun démon n'était (en théorie) capable de se transformer assez vite pour le contrer.

    Autant pour la théorie. Sans autre changement notable que ses iris écarlates, Quintus se releva d'un bond et avisa le jeteur de sort. Vite ! Il hurla comme un dément et percuta un des soldats. Celui-ci recula d'un pas. Pas beaucoup, mais suffisamment pour créer enfin une ouverture.
    L'homme s'y glissa. Ses mouvements étaient plus rapides que ceux des cuirassés, il avait une chance d'interrompre le sort ! Des lames s'abaissaient autour de lui, mais il s'en jouait comme s'il ne s'agissait que de vulgaires obstacles.

    - Trop lents ! Vous n'êtes que force de défense !
    Le regard auréolé de pourpre, il tendit ses deux mains en avant.
    - Meurs !

    Le moine arrivait au terme de son incantation, mais il fut interrompu par l'assaut fulgurant du fugitif. Une surprise était bien peu de chose en regard d'une vie de formation aux arts du combat. Il articula résolument la dernière syllabe et tendit la main. Des éclairs jaillirent en crépitant de chacun de ses doigts écartés. Ils convergèrent vers Quintus, lequel ne ralentit pas sa course pour autant. Il referma ses doigts à s'en faire blanchir les jointures. Une seule chance, une seule issue. Les éclairs atteignirent leur cible, concentrés en un seul point au niveau de la poitrine de Quintus. Une boule lumineuse se forma autour de lui. Pour le moment il ne ressentait qu'un léger picotement.

    Frappe !

    Il cogna. Son poing rebondit contre le casque du moine avec une violence telle qu'il fit reculer son propriétaire contre un mur. Enfoncée au niveau du ventail, la pièce d'armure était devenue un piège de métal, un instrument de torture. Courbé en deux, gêné dans sa respiration, le moine-soldat fut contraint de le retirer pour ne pas s'asphyxier. Son nez épaté avait été fracassé sous le choc et sa belle barbe de patriarche s'en trouvait maculée de sang. Encore entouré de l'énergie palpitante du Diép' Néa, Quintus afficha un rictus carnassier et tendit une main avide. Il saisit le moine à la gorge et le souleva de terre.

    - Co-comment…le pouvoir de l'Oeil…, gargouilla sa victime.
    - Ton fichu neunoeil ne peut rien contre moi !

    Quintus exhiba alors le pendentif qu'il portait autour du cou. L'Oeil de Diépine se balançait au bout de la chaînette, sa surface argentée parcourue de petits éclairs bleutés. Il en émanait une douce chaleur. L'Oeil avait absorbé la totalité des énergies destructrices. Les guerriers poussèrent des exclamations fanatiques plus ou moins distinguées selon les cas. Leurs voix résonnaient bizarrement sur leurs heaumes émaillés.

    - Par l'Oeil !
    - Bordel de merde !
    - Comment ?
    - Sale racleur de bouse, prends ça !

    Une lame vengeresse s'abattit vers Quintus. Cette fois il n'était plus question d'épargner qui que ce soit. Le coup ralentit alors visiblement avant de s'arrêter totalement, à mi-course. Le temps suspendit son vol pendant que les hommes regardaient l'armure étincelante du moine se couvrir de givre. L'épée se brisa proprement au niveau de la garde. Sa carapace commençait également à se fendiller à mesure que le froid se propageait comme du lierre autour d'un tronc vigoureux.
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