• Folie et Violence...le reste n'a pas de sens.

    - Un mot, un seul, et je butte la donzelle !!

    Le canon luisant d'un lustre frais pivote son œil mort pour lorgner la tempe gracile d'un demi-profil. L'autre moitié est dissimulée par une cloison en plâtre, salement jaunie par le temps et les couches de fautes de goûts en matière de revêtement.

    - Akay. Toaye, le gros tu poses tes paluches sur la table. Et toaye gamin, tu t'assois par terre les mains sur la tête. Allay ! Vite !!

    Le porte-flingue est nerveux. La fille hoquette quand le métal froid percute sèchement sa boite crânienne. La peau est si fine à cet endroit. Une larme de mascaras roule à la rencontre d'une bavure de sang à la commissure de ses lèvres.

    - Là. Lààààà. Personne ne remue un seul muscle ou je bousiye définitivement le papier peint avec sa cervelle !!!

    Le pouce flirte avec le chien. Le mariolle joue avec sa marionnette. La mascarade continue. Elle est jeune. Trop jeune pour vraiment craindre une pastille dans le crâne. Mais pas assez pour ignorer ce que c'est. C'est une peur poisse qui lui colle aux nerfs. Pas la peur de mourir non, mais la phobie de ce qu'elle ne maîtrise pas. Ses propres battements de cœur, sa respiration saccadée, sa salive qu'elle ne peut même plus avaler, les tremblements de ses poignets cerclés par les entraves en plastique. Ses orteils qui se frottent l'un contre l'autre comme pour se disputer la faveur de se cacher l'un sous l'autre. Elle tremble, elle frisonne sous ses oripeaux synthétiques en redoutant le déclic.

    L'autre se remet à jacasser, avec beaucoup de points d'exclamations et de "y" traînants. Finalement elle s'en fout de tout ça !! Et quoi, y'a son mec cloué au formica qui dessoude pas les lèvres et son mioche qui chiale et pourtant elle ne parvient pas à s'y accrocher. Elle pense chaotiquement, elle ressent le moment comme si chaque seconde se faisait écorcher par une râpe acérée. Elle contemple la purée pâteuse du temps entre ses battements de cils.

    Et paf ! paf ! paf ! Une autre série de coups durs. Pour sûr qu'il pèse ses mots autant que sa ponctuation. Ca lui chamboule la carafe. Elle se met à penser en croche. Elle décroche. Son visage à demi masqué par la cloison ne transmet que la moitié du sourire aberrant qui éclot sur ses lèvres meurtries. Elle se cogne le front.

    - …ur ou je te jure que je la TUE !!

    Mais qu'est ce qu'il raconte ? Elle rejette la tête en arrière, sa gorge se crispe, ondule et se relâche en une saccade nerveuse. Une main cruelle lui tire les cheveux en arrière.

    - Ta gueule ! Qu'est ce que tay à te marrer !! Ta gueule putain !

    Sa langue jaillit comme un diable de sa boite. Elle roule son œil déparé des coulures de maquillages. Un coup sur le bas de la mâchoire et un autre sur le sein. Voilà, lui aussi il tremble parce qu'il ne maîtrise pas. Elle gémit, parce que ça fait mal. Elle rit aussi. Il lui fourre un truc long et froid dans la bouche. Ses dents claquent dessus. Pic pac. Goût de métal sur la langue. Elle s'étrangle, sa glotte ricoche.

    Ensuite, beaucoup de bruit. Un raclement indistinct. Une voix rauque. Une flopée de point-barre-grecs. Des onomatopées. Des topées. Tout ça est très confus. Tout sauf le craquement très très net, du métal rigide d'un pied de chaise qui craque un os pariétal.

    Elle penche la tête. Maintenant on peut voir presque tout son visage. Elle capte vaguement la fin de la scène. Ton vermillon sur fond émail. Des jambes qui patinent à coups saccadés dans une flaque de sang. Sa tête se penche encore un peu, suivi du buste. Ouais, il lui a arraché les cinq premiers boutons de son chemisier. Les pointes de ses cheveux châtains trempent maintenant dans la flaque. Elle se sent partir.

    Et c'est la chute.
    « Chapitre 18 : Tisse et ronge les penséesChapitre 19 : la Danse de la Pluie »

    Tags Tags : , , , ,
  • Commentaires

    1
    Sakutei Profil de Sakutei
    Mardi 24 Novembre 2009 à 00:53
    Okay, je ne ferai pas ça tout le temps.

    A défaut d'un texte compréhensible, j'ai choisi de lui donner un titre accessible qui donne le ton et le thème.

    J'ai composé sur le vif, en m'accrochant aux sensations et sans trop savoir où j'allais. Excercice en quelque sorte ^^. Mais je ne l'aurais pas publié si je ne lui trouvais pas quelque chose de réussi.

    Voilà, je voulais m'attacher à la violence de l'instant et aux contrastes des perceptions entre le narrateur et la victime. Tout en me plongeant de plus en plus dans la tête de la fille à mesure qu'elle la perd. Voilà, je crois que c'est ça ^^. (Je m'explique aussi à moi même là).

    Il n'y a pas vraiment d'histoire...ou plutôt il y en a plusieurs. Mais je n'aurais aimé les écrire que pour cette scène.

    Alors à vous d'y adjoindre le reste ^^.
    2
    O-Ren-Kimi Profil de O-Ren-Kimi
    Mardi 24 Novembre 2009 à 05:31
    C'est ce qu'il y a de bien dans le fait qu'il n'y ait pas d'histoire avant et après, ça permet de partir où on veut et d'y poser tout ce que tes mots apportent tout en se laissant impregner.

    C'est très reussi... peut être trop reussi même.
    • Nom / Pseudo :

      E-mail (facultatif) :

      Site Web (facultatif) :

      Commentaire :


    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :