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Fil de plume (page 4)
Excision par exorcisme.
par Sakutei, le 25 Août 2009 à 23:31Il vivait trop vite, il vivait trop loin.
Beaucoup trop loin.
Sans s'attacher parce qu'il dérapait constamment. Parcourant les journées à grandes enjambées sans en tirer toute la saveur. Distancieux et capricieux, il changeait d'idée sur un ouï dire ou pour un nom. Ses premiers regrets se concevaient dès l'aube. Alors il courait, il courait après ses chimères quotidiennes, laissant échapper des minutes et des secondes par poignées.
Une vie sans vibration. Juste la sensation de rater et de trébucher. Sans s'en rendre compte, il descendait les barreaux un à un, par peur de ne pas pouvoir atteindre l'échelon suivant. Et bientôt, au fond de l'abysse, c'est son sang qui s'écoulerait, comme des larmes amères.
Mais ça, il ne voulait pas y croire...et de toute façon il ne pouvait pas le concevoir. Se disant épicurien vivant dans l'instant, c'est plutôt par peur de l'inconnu qu'il n'osait pas lever le regard. Son esprit tourmenté ne cessait de s'agiter pour rattraper le temps perdu. Il en devenait fébrile. Et plus il tremblait, plus il en laissait échapper.
Le temps, ce précieux condiment de tous nos instants, est comparable à un tas de sable qui s'écoule inexorablement dans ce fameux sablier de verre aux panses rebondies. Chacun, nous en portons une portion aux creux de nos bras. A chaque mouvement, il s'en déverse un peu. Il faudrait le préserver, le choyer ! Mais on ne peut pas vivre sans s'agiter...seule la mort est figée. C'est un prédateur vorace mais avant tout patient. C'est son trait le plus effrayant, c'est bien connu.
Lui, ardent impatient bourrelé de remords, savait que chaque moment gaspillé ne serait jamais récupéré. Alors il secouait inutilement sa carcasse et laissait filer toujours plus de sable par les interstices. Une peur panique lui nouait les tripes tandis qu'il regardait ces baisers envolés, ces occasions fuyantes et ces possibilités évanouies, tourbillonner comme des feuilles mortes avant de disparaître dans le néant. Il s'en bourrait le coeur, il serrait ses souvenirs contre lui comme autant de peluches et autres fanfreluches destinées à renvoyer le méchant dévoreur sous le lit.
Au fond ce n'était qu'un gamin qui regrettait de ne plus en être un.
Et quand il est mort, il ne s'est pas aperçu
Que c'est en voulant se hisser d'un brin
Qu'il s'était pendu.
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Evasion à demi-mot
par Sakutei, le 25 Août 2009 à 00:58Un ton de blanc sur une page noire.
Pas grand chose en somme...
juste
quelques traits.
Et pourtant,
une respiration dans le champ des possibles et déjà toutes ces bougies sont éteintes. Les ratés, les perdus, les délaissés, tous ces choix qui partent en fumée. Dis leur au revoir petit frère. Salue cette pagaille de possibles qui s'étiolent sous tes doigts à mesure que les lignes se tracent et tissent le cocon qui sera le notre.
Ils évoluaient libres et insouciants, mais il a suffit d'un tapotement impatient de l'index pour les cristalliser. Quelques élus seulement parmi tant de candidats. Et les autres ? Rejetés, ignorés voir totalement inconnus, ils ne sont que poussière de pensée perdue dans le néant.
Penchons nous un instant pour recueillir ces mots orphelins au creux de la paume. Regarde petit frère ! Ils s'égrainent et glissent entre mes doigts comme le sable fin et cendré d'une plage en automne. Ils n'existent déjà plus, et pourtant, il y a seulement quelques instants, ils palpitaient d'impatience à l'idée d'être couchés sur cette page noire.
Car c'est ainsi qu'ils accèdent à l'immortalité. Sache le petit frère, leurs ailes sont frêles et éphémères. Voilà l'existence furtive d'un son créateur.
Echafaudés par de brillants esprits ou proférés voix basse dans des couloirs obscurs les mots s'envolent. Ils rebondissent, résonnent, consonnent ou voyelle. Parfois, ils s'écorchent, trébuchent ou buttent sur une langue pâteuse. Ils charrient les sentiments et les ententes. Ils nouent les serments et trament des complots. Même susurrés au creux d'une oreille, ils déchirent le silence avec audace. Dociles, ces messagers de l'instant se laissent apprivoiser au gré des convenances. Arme ou caresse, ils peuvent revêtir tour à tour l'éclat de la lame ou la saveur d'un soupir.
Regarde les petit frère et révère les. Ils sont nos gardiens et nos destructeurs. Ils sont là. Enlace les et relie les pour former cette trame. Glissons nous entre leurs pattes agiles pour mieux échapper à la réalité.
Une fois que nous seront passés, ils se refermeront comme la banquise paisible. Viens, donne moi la main et partons d'ici...
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Le retour de l'Hiver
par Sakutei, le 9 Juillet 2009 à 23:18A vous, chers lecteurs de passage, chers assidus du soirs, chers anonymes de la nuit.
Désolé de vous avoir fait attendre ! J'espère que le jeu en vaut la chandelle, quoiqu'il en soit, voici la suite des aventures de Quintus.
Pour l'occasion, je me suis fendu d'un joli titre comme on les aime : Tripaille !
Et puisque je que me sens en forme, je ferai en sorte de vous pondre la suite sans tarder :]. Je profite de ce petit message glissé dans le Fil de Plume pour donner des nouvelles de mes publications à venir.
J'avais promis un texte en prenant pour base "Electric Mist". Bon, depuis le film n'est plus à l'affiche et je crois que mon petit projet a pris l'eau. Mais c'est pas grave ! Je tenterai de rafistoler la barque pour vous le présenter.
Ladies et gentlemen, good Night, good luck.
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l'Horreur Cachée
par Sakutei, le 23 Mai 2009 à 13:58La nuit est si calme et si douce. Hululement subit d'un oiseau nocturne, stridulation affairée des insectes, papillonnement vigilant des étoiles. Cette étrange harmonie résonne à mes oreilles comme une complainte ancienne. Quels lourds secrets se cachent derrière le chant de mère nature ?
A pas feutrés, je m'approche de la fenêtre entrouverte. Une respiration silencieuse agite les voilages comme une sensuelle caresse spectrale. Je plaque ma main fine et blanche contre le verre glacé. Mon souffle dépose un fin réseau de gouttelettes scintillantes sur la vitre. Sans bruit, j'observe et je cherche. Tout est calme, tout est vide, tout est inanimé. Pourtant quelque chose m'a réveillée. Suis-je vraiment seule ici ?
Mes pupilles dilatées ne parviennent pas à percer l'épais rideau de ténèbre qui drape le paysage. La nuit n'est pas le domaine des humains. Malgré moi, un frisson se glisse comme une anguille le long de ma colonne vertébrale. N'avez-vous jamais ressenti cette étrange présence entre vos omoplates ? Comme un picotement désagréable qui ne trouve ni sens ni source. Ma mère me disait toujours que rien ne pouvait m'atteindre mais je sais qu'elle mentait pour me rassurer. Je sais que parfois l'ombre se fait corps et glisse son étreinte humide entre les lattes du plancher. Avec une douceur infinie, ses tentacules s'enroulent autour de vos chevilles mais vous ne sentez rien. Vous ne pouvez rien voir, ce monde n'est pas le votre.
Je m'arrache un instant à ma contemplation vide pour admirer sur le mur, les serpentins de lumière tracés en ombre chinoise par la lune à travers les feuillages des arbres. Cette étrange fresque ne recèlerait-elle pas un ancien savoir ? Dans notre ignorance bravache nous pensons avoir dompté la nature, mais c'est le contraire qui s'est produit. Abandonnés les trophées sanglants et autres peaux d'ours ! L'homme a battu en retraite, il s'est réfugié derrière des façades grises pour mieux cacher à ses yeux l'horreur de la réalité.
Un craillement lugubre déchire la symphonie nocturne. Ne cherchez pas l'ordre là où il n'y a que sauvagerie et chaos ! Mes poils se hérissent. Mon esprit voudrait me convaincre de me réfugier sous les draps et de fermer les yeux. Mes muscles tressaillent, mes nerfs se nouent autour de mon squelette fragile. Oh pourquoi ?!
Mon corps si frêle et si exposé palpite au rythme de cet appel secret. S'enterrer, se cacher. Oh pourquoi sommes nous si désireux de quitter la tiédeur rassurante du ventre maternel ? Les prochaines entrailles qui m'accueilleront ne seront plus faites de chair et sang, mais bien de terre noire et de racines sinuantes.
Des larmes me montent aux yeux tandis que je pressent déjà des craquements sur le plancher. Je sais que si je me retourne je ne verrai rien, je suis déjà prise au piège. Mes sens me trompent et se jouent de moi. Mais je l'entends. Ce roulement de tambour tribal qui martèle ma poitrine projette en moi des milliers d'échardes de verre. Ma respiration hachée m'empêche de discerner la menace. Je dégluti péniblement. Je ne dois pas les laisser m'atteindre.
Oh, j'ai si peur quand je suis loin de toi ! Avec délicatesse, je me glisse aux cotés de ton corps immobile et l'entoure comme je le peux avec mes bras pâles et frissonnants. Toute cette vie bruissante est trop effrayante. Seule la mort apporte ce réconfort et cette tranquillité absolue que je ressens auprès de toi. Cette même vie qui t'habitait encore récemment est une maîtresse perverse. Mais je me suis occupé de tout mon amour. Elle s'est débattu sous ma lame, mais j'ai finis par l'éteindre cette flamme qui brûlait en toi. Tu es maintenant parfait. Froid, inanimé, rassurant.
Je t'aime mon amour.
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Mékadence
par Sakutei, le 1 Mai 2009 à 13:39Le grincement de plaques rouillées qui coulissent les unes sur les autres. La saveur d'une poussière toujours trop rouge au fond de la gorge. Le chant mécanique des potences qui charrient le labeur quotidien des racleurs des bas fonds. Voilà à quoi se résume Ràsä. Chaude, sale, venteuse et ouverte comme une enjôleuse trop visitée. Un endroit charmant où les échanges s'enchaînent sans échapper aux vices du quotidiens. Drogue, alcool et sexe bon marché sont les wagons du train-train qui descend vers la mine des enfers. En tout cas c'est un spectacle que l'on peut admirer même depuis la baie vitrée du réfectoire.
Avec d'infinies précautions, je repose ma fourchette en plastique contre le rebord tranchant de la gamelle métallique qui me propose un brouet blanchâtre aux effluves de semence de chacal. En face de moi, le Renard me sert un rictus éclatant. Son chapeau à larges bords incliné sur l'avant dissimule ses traits félins mais sa dentition impeccable est parfaitement visible.
Les jobs se suivent et ne se ressemblent pas. Parfois il faut épingler un tenancier tenace, à l'occasion, c'est un ouvrier qui déboulonne dans un bar. Mon chargeur est rempli de pastilles à l'attention de ces braves gens. Cette fois le Renard me propose de donner dans le militaire. Un officier anonyme qui refuse de se laisser corrompre comme tout individu sain d'esprit. Tant pis pour lui. Ràsä n'est pas faite pour les idéalistes. Personnellement je m'en cogne du moment que le tas de billet qui me protège les arrières reste assez épais.
Je repousse la gamelle en fer blanc et j'accepte le boulot. Finis les démarcheurs en costume noir avec leurs lunettes intégrales à bords réfléchissants. Le galonné va avoir affaire à du chevronné cette fois ci.
Dehors, le vent me lamine le visage à m'en décoller la peau par plaques sanguinolentes. Buriné à l'usage, je ne laisse échapper que quelques larmes salées qui voltigent dans l'air avant d'atterrir dans la paume d'une voyante borgne. Mes derniers vestiges d'humanité. Le reste s'est fait éroder, poncé jours après jours par ces foutues rafales abrasives. Je me demande comment des gars comme Renard peuvent tenir leur galure dans ces conditions. Peu m'importe en fait. Je partage le même crâne d'oeuf que la plupart des Rasaes.
La voyante m'agrippe le bras en marmonnant dans son dialecte exotique. Il paraît que quelqu'un va mourir ce soir. Évidemment pauvre fille, c'est avec ça que je me nourris. C'est un monde dégueulasse et j'en suis un nettoyeur. Le cliquetis des grues me détourne de son baragouin postillonnant. Là haut, le ciel se couvre d'un drap ondulant de nuages pourpres. Il est temps de se mettre en branle avant la tempête.
L'appartement minable de ma cible baille aux neuf vents. L'obstination de cet énergumène frise le ridicule. Pour une poignée de billets, il pourrait s'offrir quelques coupes-brises. Et qu'importe si l'argent n'est pas net. Ici rien n'est propre de toute façon. Même l'air donne l'impression d'être passé en contrebande.
Un bon coup de pied vient à bout de la tôle ondulée qui sert de porte. L'intérieur classique d'un soldat déchu s'éparpille sous mes pas. Décorations, plaques commémoratives, photos déjà écornées d'une quelconque cérémonie. En voilà un qui n'a pas suivi le mouvement. Le canon de mon arme bouscule le contenu des étagères sans réfléchir. Il est au fond, prostré sous une couverture. Je l'arrache sans ménagement et braque la nuque qui se présente à moi.
Mon index raccourcit la distance entre la vie et la mort. Dehors, un éclair violet ajoute un peu de théâtral, ce dont je n'ai rien à cirer en fait. Je ne suis pas du genre à faire le discours du meurtrier. Pas le temps. Ma victime tourne légèrement la tête et me révèle un profil gracieux. Quelques mèches de cheveux tombent dans ses yeux étincelants en amande.
Une femme ? Non. Pas une de ces catins mal maquillées qui arpentent les coulées de boues. Une vraie femme. Un air blessé mais résolu propre à déverser une coulée de métal en fusion dans les veines d'un vieux briscard comme moi. J'hésite une seconde. Elle a ce genre de regard liquide capable de déchaîner les grandes passions et les histoires comme il s'en écrit rarement. Et ces merdeux d'éclairs dehors qui n'arrêtent pas de souligner les reliefs charnels de son visage ! Sous son uniforme vert de gris, je devine un corps chaud et palpitant mis en valeur par le ceinturon rustique serré à la taille. Quoi de plus précieux qu'un éclat de diamant dans une mine de charbon ? Il est des choses qu'un homme ne peut se résoudre à faire. Tant pis pour le Renard et sa meute de chiens édentés. Ce soir je troque ma pelure contre ce regard pénétrant aux reflets bleus.
Alors il se passe un truc étrange. Sa main fine se glisse sur mon poignet. Je sens son pouls se transmettre par sa peau fine et douce. Un rythme tapageur et impétueux qui n'entend se laisser gouverner ni par le diable ni pas les hommes. Ses lèvres pleines s'ouvrent sur un sourire parfait. Je n'oublierai jamais ça.
Son index presse le mien. Le coup de tonnerre suivant n'est pas salué par un éclair violet mais par un geyser de sang frais. La fumée qui s'élève du canon me pique les yeux. A moins que ce ne soit autre chose ? Je ne saurai jamais. Je ne veux pas savoir. Ca aurait pu être quelque chose...à présent ce n'est qu'une bougie éteinte.
C'est un monde dégueulasse et j'en suis un de ses salisseurs...je suis une de ses salissures.
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